Plateforme

Ren Zhengfei, fondateur du géant Huawei : ’il n’y a pas de portes dérobées sur notre Infrastructure”

Par le

Incroyable ! cet état de fait… 87 000 brevets. 80 000 employés de R&D.

Des journalistes du journal Le Point ont rencontré Ren Zhengfei, fondateur du géant Huawei, ils ont posé de nombreuses questions que vous pouvez retrouver ici – Le fondateur a brillamment répondu à de nombreuses questions en trouvant des illustrations percutantes, on sent aussi que les questions difficiles ont des réponses courtes 🙂 Depuis le 17 mai où Huawei est placé sur une entity list, lui interdisant à brève échéance de se procurer des composants essentiels aux États-Unis, et menace de bloquer l’installation d’Android, le système d’exploitation de Google, sur les téléphones de la firme chinoise – le président américain a lâché un peu de lest au G20, proposant de lever les sanctions si… un accord commercial global était trouvé…

En tout cas c’est une campagne de communication sans précédent partout dans le monde pour la marque et son fondateur !

Voici un extrait de l’interview très intéressante à travers 5 questions sur 57 questions qui montre l’habilité et la connaissance parfaite de son écosystème du fondateur de Huawei :

La principale inquiétude de l’Occident à votre égard concerne l’espionnage. Vous avez récemment indiqué que Huawei était prêt à signer des accords de non-espionnage. Est-ce que cela pourrait se conclure avec la France et avec l’Europe ?

“A tout moment.”

Vous vous présentez officiellement comme une entreprise privée. Mais le gouvernement chinois ne vous a-t-il pas aidé à vous développer ?

“Nous sommes soumis à la législation chinoise et payons des taxes au gouvernement chinois. Mais nous sommes indépendants. Pas un centime de capital ne provient de l’Etat. Tout un chacun peut consulter notre rapport annuel, qui est audité par KPMG.” [Il nous tend le rapport.]

Oui, mais si le gouvernement chinois vous demande des informations provenant, par exemple, d’un routeur Internet ou d’une antenne 5G, comment pourriez-vous le lui refuser ?

“Premièrement, nous sommes responsables envers nos clients. Deuxièmement, le gouvernement chinois ne nous l’a jamais demandé. Nous vendons aux clients des appareils nus qui sont comme des tuyaux et des robinets. Les terminaux sont des robinets alors que les équipements sont des tuyaux. Ce qui coule dans les tuyaux, que ce soit de l’eau ou de l’huile, est déterminé par le système d’information, géré par les opérateurs. Ce n’est donc pas nous qui décidons. Nous n’avons pas accès aux données. J’ose promettre à nos clients qu’il n’y a pas de portes dérobées. J’espère que vous pourrez demander aux entreprises américaines, lors de vos interviews, d’assurer qu’ils n’en ont pas non plus et de signer le même accord avec le gouvernement français.”

Dans l’affaire qui vous concerne, il y a deux aspects : on vous a menacé d’une part de restrictions pour exporter vos systèmes et vos téléphones et, d’autre part, de ne plus pouvoir acheter des composants essentiels aux Etats-Unis et en Europe, notamment des semi-conducteurs. Le 29 juin, au G20, Donald Trump a dit qu’il était prêt à mettre fin à cette double interdiction, à condition que Chine et Etats-Unis trouvent un accord commercial. Quel est le niveau de danger pour vous aujourd’hui ?

“Si les Etats-Unis ou d’autres pays n’achetaient plus nos produits, cela n’aurait pas beaucoup d’impact pour nous. Au cours des trente dernières années, beaucoup d’entreprises n’ont pas acheté chez nous. Mais il faut quand même constater que, depuis que Trump nous a fait de la publicité, le nombre d’acheteurs a nettement augmenté. Les clients ne nous croient pas forcément quand nous disons que nous sommes forts, alors que, quand c’est Trump qui le dit, ils le croient [Rires.] Par ailleurs, si certains pays ne nous vendaient plus de pièces et de composants, ce serait une situation perdant-perdant. Notre chiffre d’affaires diminuerait, mais le leur aussi. Huawei n’est pas une société cotée, la baisse du chiffre d’affaires n’est pas grave. Ce qui n’est pas le cas de nos fournisseurs. Car, eux, quand leur bilan financier n’est pas bon, le prix de leurs actions chute.”

Les réticences face à Huawei ne sont-elles pas dues à une prudence des opérateurs face à la 5 G ? En dehors des voitures autonomes – et ce n’est pas pour tout de suite –, il n’y a pas beaucoup d’applications susceptibles de générer de l’argent.

“Je ne crois pas. Pourquoi l’Europe s’est-elle développée avant la Chine ? C’est grâce aux chemins de fer et aux navires. A l’époque, la Chine n’avait que les chariots à cheval, qui étaient beaucoup plus lents que les trains et avaient une capacité de transport moins élevée que les navires. L’augmentation de la vitesse de transmission de l’information va entraîner une croissance économique considérable. La vitesse de la 5G est au moins dix fois supérieure à celle de la 4 G et cela favorisera le développement de l’économie et de la culture. Un exemple ? Il y a dix ans, le PIB de la Malaisie et celui de la Corée du Sud étaient comparables. La Corée du Sud a beaucoup investi dans les nouvelles technologies. Eh bien, son PIB est maintenant plus de deux fois supérieur à celui de la Malaisie.”

——-

Ren Zhengfei, fondateur du géant Huawei, s’est entretenu pendant presque 2 heures aussi avec  George Gilder et Nicholas Negroponte, pendant 100 minutes de conversation et de questions/réponses. George Gilder est un futuriste, auteur et capital-risqueur. Nicholas Negroponte est un visionnaire technologique et cofondateur du MIT Media Lab. La discussion a été animée par Mme Tian Wei, animatrice de World Insight du réseau de télévision global de Chine. Catherine Chen, première vice-présidente de Huawei et membre du conseil d’administration, est également présente.

Il rappelle que Huawei investit énormément dans la R & D. “Nous avons plus de 80 000 ingénieurs. Malgré cela, nous n’avons pas fait de grandes inventions. Huawei n’a pas inventé les communications mobiles, pas plus que les communications par fibre, la transmission IP, l’Internet mobile, les avions, les voitures ou les calèches. En ce qui concerne les inventions, nous avons peu contribué à l’humanité. Nous nous sommes concentrés sur l’amélioration des capacités d’ingénierie.”

“Nous soutenons maintenant plus de 300 universités et 900 instituts de recherche dans le monde. Ce faisant, nous espérons pouvoir contribuer à l’innovation théorique. Nous ne réduirons pas nos investissements dans ce domaine simplement à cause des attaques que nous avons subies. Nous allons travailler plus fort. Même si le gouvernement américain ne permet pas à certaines universités de travailler avec nous, de nombreuses autres sont disposées à le faire. Il est compréhensible que quelques universités craignent de travailler avec nous. C’est juste à court terme parce qu’ils ne savent pas grand chose de nous.”

“Au cours des cinq prochaines années, nous investirons 100 milliards de dollars américains dans la refonte de l’architecture réseau, afin de rendre les réseaux plus simples, plus rapides, plus sûrs et plus fiables. À tout le moins, nous devrions pouvoir respecter les normes du GDPR européen en matière de protection de la vie privée. Bien entendu, nos revenus devront doubler. Si nous rencontrons des difficultés financières, nous pourrions réduire nos investissements en R & D, mais le montant sera toujours proche de ce chiffre. Nous devons restructurer les réseaux et apporter plus de contributions à l’humanité.”