Qualcomm et Huawei rappellent que les brevets mènent le jeu mondial

Logo Qualcomm encerclé par Huawei
Image d'illustration. 5G et IA rebattent le jeu des brevets. — ADN

Accord croisé sur la 5G, l’IA et les réseaux, achat de brevets compris : Qualcomm et Huawei montrent où se déplace vraiment le rapport de force.

En bref

  • Qualcomm et Huawei signent un accord croisé
  • Des brevets IA, réseau et compute changent aussi de main
  • La propriété intellectuelle pèse plus que jamais

Le centre de gravité bouge. Dans les semi-conducteurs, on regarde souvent la puce, le modem, l’usine. Cet accord entre Qualcomm et Huawei rappelle autre chose, plus sec mais décisif : la vraie force tient aussi dans les brevets qui rendent la 5G, l’IA et les réseaux exploitables à grande échelle.

Le vrai levier n’est plus seulement la puce

Le 5 octobre, les deux groupes ont annoncé un accord pluriannuel de licences croisées couvrant la 5G, le calcul, l’intelligence artificielle et les technologies réseau. Point clé, Qualcomm va aussi acquérir certains brevets américains détenus par Huawei dans le compute, l’IA et les réseaux. L’opération doit encore passer l’étape des autorisations réglementaires.

Ce n’est pas un détail. Dans un climat de confrontation entre Washington et Pékin sur les puces avancées et l’IA, voir un acteur américain acheter des actifs de propriété intellectuelle à Huawei dit beaucoup sur l’état réel de la chaîne de valeur.

Huawei monétise enfin son stock de R&D

Depuis 2019, Huawei subit de fortes restrictions américaines. Mais ces mesures n’effacent pas la valeur de sa R&D. D’après Reuters, le groupe estime que la valeur cumulée de ses accords de licences dépassera environ 6,5 milliards d’euros (6,9 milliards de dollars) après cette opération. Et son activité de licensing affiche un solde positif depuis 2021.

Vu d’Asie, le signal est encore plus net. Le South China Morning Post relève que c’est la première fois que Qualcomm accepte de payer pour licencier et acheter des brevets de Huawei dans ce cadre. Le contraste est fort quand même : en 2020, Huawei avait accepté de verser environ 1,7 milliard d’euros (1,8 milliard de dollars) à Qualcomm pour solder un différend sur les licences.

Et la dynamique ne s’arrête pas à la 5G. En août, Huawei a signé un accord mondial de licences croisées avec HP, notamment autour du Wi-Fi. Cette année, le groupe a aussi fixé à environ 0 euro (0,50 dollar) par appareil grand public le tarif de licence de certains brevets Wi-Fi 7.

Pour Qualcomm, verrouiller le licensing devient central

Côté américain, le timing compte. L’annonce arrive onze jours après le renouvellement de l’accord mondial de licences entre Qualcomm et Apple, qui prendra effet le 1er avril 2027. Or Apple développe de plus en plus ses propres modems, tout en restant licencié sur les brevets de Qualcomm.

En gros, la bataille ne porte plus seulement sur celui qui fournit le composant. Elle porte sur celui qui possède les technologies fondamentales derrière ce composant. Qualcomm revendique plus de 200 accords de licences 5G et plus de 200000 brevets accordés ou en attente dans le monde.

Une coopération paradoxale avant la 6G

À l’approche de la 6G, avec une IA qui s’étend des terminaux aux véhicules, des robots aux infrastructures, ce dossier dépasse largement deux entreprises. On peut bloquer l’accès à certaines puces. Construire un standard mondial en ignorant les brevets du camp d’en face, c’est une autre histoire.

Christophe Romei

Spécialiste Tech

Expert sur l'industrie du mobile depuis 2005

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