Bureaux introuvables, loyers en hausse, guerre des talents: King’s Cross concentre l’essor IA londonien. Et pose déjà la question de la souveraineté.
En bref
- King’s Cross concentre l’expansion IA londonienne
- Les bureaux manquent, les loyers montent vite
- Le sujet bascule déjà vers la souveraineté
Le signal le plus clair, on le voit dans la pierre. À King’s Cross, les bureaux classiques ne laissent presque plus d’air, avec un taux de vacance tombé à 0,9 %. Depuis début juin, les startups liées à l’IA ont pris plus d’1 million de pieds carrés à Londres, selon Knight Frank. Et sur trois ans, les loyers prime du quartier ont grimpé de 18 %.
Un quartier où l’IA fait exploser la demande
Ce n’est pas seulement une impression de marché chaud. Dealroom recense environ 3 600 startups IA à Londres, qui ont levé autour de 11 milliards d’euros (12,1 milliards de dollars) sur les 13 milliards d’euros (14,8 milliards de dollars) captés par la ville depuis fin juillet. Les grandes signatures, comme OpenAI ou le très probable futur bail de Prometheus, la société IA associée à Jeff Bezos, tirent le marché vers le haut.
Même les fonds s’en mêlent. L’un d’eux aurait aidé un fondateur à décrocher des mètres carrés dans le quartier pour emporter un deal, et vu l’état du marché, ce n’est pas absurde.
De zone grise à Knowledge Quarter
Il y a vingt ans, personne n’aurait parié là-dessus. Dans les années 1980, le secteur traînait une réputation lourde, entre drogue, prostitution et violence. Puis un vaste projet immobilier a rebattu les cartes au début des années 2000. Le déclic tech, lui, arrive en 2016, quand DeepMind, fraîchement racheté par Google, s’installe sur place.
Le reste suit vite. OpenAI, Meta, Isomorphic Labs, Cusp AI, Wayve, Recursive, puis un peu plus loin Synthesia et Anthropic. University College London est à côté, European Technology Network vient d’emménager, Cambridge se rejoint en 45 minutes et Paris en deux heures de train. Pour un fondateur, le rayon d’action est redoutable.
Souveraineté, compute, capital: le vrai débat commence
Mais le sujet n’est déjà plus seulement immobilier. Après la coupure d’accès à Mythos et Fable par Anthropic cet été, plusieurs acteurs locaux y ont vu un rappel sec: l’Europe ne peut pas louer éternellement ses capacités IA. Chez Phoenix Court, qui a dans le secteur Olix, Early Health et CoMind, le débat porte maintenant sur l’infrastructure, le compute, l’énergie et le capital.
Bref, King’s Cross sert de vitrine. La vraie question est de savoir si le Royaume-Uni construit la base industrielle qui va avec.
La guerre des talents confirme le changement de statut
Sur le terrain, les fondateurs ne parlent plus de rattrapage. Simon Kohl, chez Latent Labs, explique que son bureau londonien croît plus vite que celui de San Francisco. Alex Kendall, chez Wayve, estime qu’ouvrir une entreprise d’IA de pointe à Londres paraissait atypique il y a dix ans, et que cela semble désormais évident.
Même tension chez Synthesia, installé depuis un an dans de nouveaux bureaux. L’entreprise met en avant un vivier d’ingénieurs largement distribué, avec environ deux tiers des profils techniques en remote, de la Slovénie au Portugal. Mais la bataille salariale monte: Anthropic a publié à Londres des postes d’ingénieur recherche en machine learning autour de 300 000 à 730 000 euros (260 000 à 630 000 livres), quand la moyenne locale tourne autour de 118 000 euros (102 000 livres). Pour l’écosystème, c’est à la fois une preuve de maturité et un vrai test de résistance.