Dans l’Est londonien, Lift House mise sur des fondateurs ambitieux sans copier la brutalité de la Silicon Valley. Un signal faible, mais parlant.
En bref
- Lift House défend une ambition sans burn-out
- Londres profite à plein du boom IA
- Mais les États-Unis gardent l’avantage d’échelle
L’écosystème londonien vit un moment étrange. L’IA y attire des milliards, l’ambition remonte, et pourtant la question reste la même pour beaucoup de fondateurs, construire ici, puis partir là-bas.
Londres veut prouver qu’on peut viser grand sans s’épuiser
Dans l’Est de Londres, Lift House, pour London Island Founder House, pousse une idée simple, et assez rare dans ce milieu. Monter une boîte sérieuse sans rejouer la version théâtrale de la Silicon Valley. Rowan Aldean, 26 ans, qui dit avoir vendu sa précédente société pour plusieurs millions et dirige aujourd’hui une startup d’IA appliquée, défend une amélioration globale de la vie plutôt qu’une course au demo day.
Le pari arrive au bon moment. D’après Dealroom, les startups IA londoniennes ont levé 12 milliards de dollars, soit environ 10 milliards d’euros, sur 14,7 milliards de dollars, environ 13 milliards d’euros, levés par l’ensemble des startups de la ville en 2026. Six sociétés ont dépassé les 500 millions de dollars, environ 430 millions d’euros, parmi lesquelles Wayve, ElevenLabs, Superintelligence, Recursive, Ineffable Intelligence et Isomorphic Labs. Le sous-texte est clair, Londres pense pouvoir produire des champions sans copier les sprints de 72 heures ni les entrepôts bricolés de San Francisco.
Une colocation de fondateurs, oui, mais réglée pour durer
Ici, six résidents partagent à la fois un lieu de vie et un espace de travail. Le bail a démarré en mars, Aldean et son épouse Zahraa, future doctorante en recherche pharmaceutique, y vivent depuis mai. La durée de séjour reste souple, d’un mois à au moins six mois. Chacun paie ses courses, le ménage tourne, et personne ne veut parler du loyer.
Le détail qui change l’ambiance, c’est la routine. Le dimanche, journal collectif sous l’impulsion de David Amor, 28 ans, pour suivre temps passé dans la nature, alimentation et activité physique. Le mardi soir, volley en ligue locale. Les autres jours, on peut croiser Wan Ying L au piano, une partie de Catan ou un dîner sur le rooftop organisé par Presence Plumb. Luke, 27 ans, assure qu’il mange mieux, dort plus et ne saute plus le déjeuner. Pas anecdotique.
Pourquoi Londres séduit encore les early-stage founders
Le modèle londonien garde des arguments solides. Réseau dense, capital d’amorçage disponible, vie en dehors de la tech, et des mécanismes comme SEIS/EIS qui facilitent l’argent des business angels. Luke et son cofondateur Varun disent d’ailleurs avoir largement évité le VC grâce à ça.
Autre point, le marché local est jugé moins agressif. Selon Aldean, on y vend davantage à de grands groupes, plus lents, mais moins dépendants des jeux de posture entre pairs. Varun résume bien la différence, aux États-Unis les gains arrivent vite, au Royaume-Uni les clients sont plus durs à signer, mais restent plus longtemps.
Le vrai sujet reste le même, l’Amérique aspire toujours la suite
Mais voilà. Le Royaume-Uni offre des talents venus d’Oxbridge, un fuseau pratique pour travailler avec l’Europe, le Moyen-Orient, l’Asie et une partie de l’Amérique du Nord. Les États-Unis, eux, gardent le plus gros marché et surtout des investisseurs capables d’écrire de très gros chèques, du pre-seed à la croissance.
Des investisseurs américains poussent même certains fondateurs à déménager. Luke raconte qu’un investisseur basé à Miami leur a tenu ce discours. Lui et Varun ont déjà lancé leur expansion américaine et n’excluent pas un départ. C’est toute l’ambivalence de Londres aujourd’hui. On y construit plus calmement, parfois mieux. Mais pour scaler vraiment, beaucoup regardent encore l’autre rive.