Quels challenges et défis de Huawei pour 2021 ?

Comment va finir l'année 2020 pour le géant chinois des télécommunications alors que la crise sanitaire mondiale ajoute à la pression américaine ? La Chine sera le marché clé de Huawei pour la 5G au cours des deux prochaines années. Chiffres et faits de 5 business unit.
Commençons par une note optimiste car le fondateur et PDG Ren Zhengfei, lui, le reste et affirme que l’impact de la pandémie entraîne une nouvelle demande de services numériques et de connectivité (une graine qui survit à la tempête germera puis fleurira) ! Huawei a connu une année 2019 difficile avec les États-Unis qui ont intensifié la pression sur son activité mondiale. 2020 est tout aussi difficile avec beaucoup d’annonces qui font reculer les infrastructures notamment aux US, Japon, Australie et dans certains pays en Europe. Le dernier en date, l’Angleterre.
L’Europe est le marché le plus lucratif de Huawei après la Chine, tous les regards se demandent si l’Allemagne suivra les autres pays dont la Grande-Bretagne dans son choix d’écarter l’infrastructure 5G du géant.
En mars 2020, le géant a rapporté que les revenus ont augmenté de 19 % d’une année sur l’autre pour atteindre un record de 121 milliards de dollars en 2019. Les ventes de la société basée à Shenzhen en 2019 ont été tirées par une augmentation des expéditions de smartphones en Chine et une forte demande pour sa prochaine génération de réseaux mobiles 5G. Pour le premier trimestre 2020, la croissance des revenus avait fortement ralenti pour atteindre un léger 1,4%.
1 trimestre 2020 > a généré un chiffre d’affaires de 25,72 milliards de dollars, soit une augmentation de 1,4%. La marge bénéficiaire nette de la société au premier trimestre 2020 était de 7,3%.
2 trimestre 2020 > pas encore divulgué

La pression exercée par les États-Unis sur les systèmes 5G de Huawei a eu un impact assez important… Ils ont dû passer beaucoup de temps à expliquer la situation à leurs clients, partenaires et aussi aux régulateurs gouvernementaux. Le problème sous-jacent reste de savoir comment il traite la décision américaine de l’ajouter à une liste noire commerciale en mai dernier, ce qui signifie réorganiser ses chaînes d’approvisionnement.
5G
En avril, Huawei a communiqué sur le nombre de pays avec des contrats commerciaux 5G, 91 projets de réseau 5G au total, dont 47 en Europe malgré l’interdiction américaine ! L’Afrique sera un continent important avec certaines zones comme le Kenya, le Cameroun, l’Afrique du Sud, la Zambie qui sera bien couverte par le géant, d’autant que le marché africain est stratégique pour la Chine.
En ce qui concerne les stations de base 5G de nouvelle génération, il a dû échanger des fournitures alternatives de partenaires à Taïwan, au Japon, en Corée du Sud et en Europe contre des composants américains et s’appuyer davantage sur sa propre filiale de conception de puces en interne. Huawei a dominé le marché des stations de base de réseau mobile avec une part de 28% en 2019, selon New Street Research.
La Chine sera le marché clé de Huawei pour la 5G au cours des deux prochaines années et la demande des consommateurs pour les téléphones 5G en Chine devrait fonctionner notamment avec des baisse de prix importantes.
Il est à noter qu’en avril de cette année Huawei a déclaré qu’il était désormais capable de construire des équipements réseau 5G sans aucune pièce américaine. Son unité de puce HiSilicon conçoit des semi-conducteurs et les fait fabriquer par TSMC. Mais ce dernier va stopper son partenariat. TSMC a en effet déclaré il y a quelques jours qu’il ne livrera pas de chipsets après le 14 septembre à Huawei. Le différend sur la fourniture par TSMC à Huawei découle évidemment des sanctions prévues par les USA, qui n’ont donc plus permis de faire librement les processeurs Kirin. Les dernières commandes ont été émises au 14 juillet 2020. Cependant, Huawei a passé ces derniers mois une commande d’une quantité de 700 millions de dollars de chipsets de 7 et 5 nm, mais aussi des processeurs moins puissants, en 16 et 28 nm pour assurer les mois à venir.
Autre inquiétude, le partenariat de Huawei avec la société britannique de logiciels de puces ARM, dont l’architecture est l’équivalent d’Android sur le plan matériel. Si Huawei est interdit d’utiliser ARM, il ne peut pas concevoir de puces de nouvelle génération et il n’y a pas vraiment d’alternative viable, cela pourrait être un coup fatal ! Huawei a déclaré qu’il pourrait utiliser une architecture de puces open source comme RISC-V, mais cela signifierait une refonte complète, à partir de zéro, de toutes ses puces, micrologiciels et pilotes… qui seront probablement incompatibles avec l’écosystème d’applications Android existant.
Smartphone & OS
Huawei était en bonne voie de surpasser Samsung. La seule question était de savoir quand cela se produirait exactement. En janvier 2018, Huawei a dû annuler sa grande entrée sur le marché américain. AT&T et Verizon devaient proposer le Mate 10 Pro, donnant potentiellement à Huawei un énorme coup de pouce sur le marché américain. À la dernière minute, les deux transporteurs ont renoncé à l’accord, à la demande des autorités américaines invoquant des menaces à la sécurité nationale.
Les ventes de la société basée à Shenzhen en 2019 ont été tirées par une augmentation des expéditions de smartphones en Chine et une forte demande pour sa prochaine génération de réseaux mobiles 5G.
Huawei a déclaré avoir vendu 230 millions de smartphones en 2019, 30 millions de plus qu’en 2018.
En ce qui concerne les smartphones et les PC, Huawei a développé son propre système d’exploitation Harmony. Elle a également développé Huawei Mobile Services comme alternative aux Google Mobile Services et investit dans la création d’un écosystème d’applications pour prendre en charge la plate-forme. Mais Huawei ne devrait pas être en mesure de remplacer, avec succès en tout cas, dans les 12 prochains mois les services mobiles de Google par une alternative compétitive, pour les téléphones destinés aux marchés étrangers.
Ils ont certes des moyens, mais l’histoire vécue par Microsoft devrait faire comprendre que ce n’est pas simple de convaincre les développeurs de faire des applications pour un troisième OS, surtout en période de pandémie. Huawei accélère cependant ses efforts pour travailler avec les éditeurs, les développeurs d’applications et les marques, mais il faudra du temps, des efforts et de l’argent pour créer une alternative efficace à l’écosystème de Google.
https://twitter.com/HuaweiMobileSer/status/1286241444315959297?s=20
Cependant, au fil du temps, Huawei pourrait être en mesure de proposer des alternatives compétitives locales aux applications Google comme TomTom en Europe au lieu de Google Maps et Brave au lieu de Chrome ou même des solutions de paiement locales au lieu de Google Pay ainsi que de tirer parti des alternatives logicielles open-source. Huawei a déjà annoncé des initiatives d’un milliard de dollars pour inciter les développeurs à rejoindre sa plate-forme. La société déploie beaucoup d’efforts pour faire de ses propres services mobiles Huawei une alternative pratique aux services mobiles Google.
Recherchez, téléchargez et gérez vos applications mobiles sur AppGallery pic.twitter.com/uCwhHwLMJk
— AppGallery (@AppGallery) July 9, 2020
Il est à noter que malgré les meilleurs efforts du gouvernement américain, Huawei semble s’être sevré de la technologie américaine, du moins en ce qui concerne certains types de matériel. Le Mate 30 Pro ne contient pas de composants d’origine américaine, un exploit étonnant compte tenu de l’importance de la technologie américaine dans l’industrie mobile. Et ce n’est pas un produit à tirage limité : Huawei a vendu 12 millions d’unités de la série Mate 30 à la fin de 2019.
AI & Cloud
Lancés en 2017, les services cloud Huawei se sont rapidement développés avec une base de clients comprenant le service de police de la circulation de Shenzhen, Deppon Express et J&T Express. L’année dernière, la société a lancé ses services cloud basés sur l’intelligence artificielle à Singapour et au Brésil, ajoutant à une empreinte mondiale qui comprend déjà Hong Kong, la Russie, la Thaïlande, l’Europe et l’Afrique du Sud.
En 2019, Huawei a révélé que plus d’un million d’utilisateurs et de développeurs en entreprise ont choisi Huawei Cloud. Ils ont lancé plus de 160 services cloud dans huit secteurs (industrie, campus, logistique, ville, Internet, véhicule, santé et maison) et participé à plus de 200 projets. Selon le rapport Market Share de Gartner, Huawei Cloud a augmenté au rythme le plus rapide de tous les fournisseurs Cloud, classé numéro 3 en Chine et numéro 6 mondial. Huawei Cloud travaille avec des partenaires pour servir des clients dans le monde entier dans 23 régions. Selon Huawei Cloud, la plate-forme a été utilisée dans des dizaines de milliers d’hôpitaux, d’établissements médicaux, d’écoles et d’entreprises des secteurs des services financiers, de l’énergie, de l’industrie et de la transformation digital.
Pourtant, Alibaba reste le principal fournisseur de services cloud en Chine, représentant 46,4% des dépenses totales au quatrième trimestre de l’année dernière, selon un rapport de Canalys. Tencent et Baidu détiennent respectivement des parts de marché de 18 et 8,8%, Huawei étant actuellement en dessous du seuil de divulgation.
En ce qui concerne l’IA, Huawei Cloud a lancé 43 services cloud d’IA basés sur Ascend pour permettre aux entreprises d’utiliser la puissance de calcul dans le cloud. Dans le cadre de cette stratégie, la société a lancé le processeur d’IA le plus rapide au monde, l’Ascend 910, et le cluster de formation à l’IA Atlas 900. Atlas 900 est composé de milliers de processeurs qui lui permettent de réaliser des tâches en un temps record.
Cybersécurité
La valeur des investissements en cybersécurité devrait augmenter de 5,6% pour atteindre 43,1 milliards de dollars en 2020, dans le meilleur des cas prévu par Canalys.
Le débat sur la cybersécurité autour de la 5G va des normes uniformes aux vérifications indépendantes, à la gestion efficace des risques, la confiance, l’assurance et la responsabilité conjointe, ou aux exigences de sécurité et au cadre d’évaluation. Les normes reconnues sont celles développées par la 3GPP et la GSMA pour la 5G et le NESAS-SCAS pour les équipements de télécommunications.
La confiance et l’assurance en matière de cybersécurité sont essentielles dans le secteur des télécommunications et la responsabilité conjointe, les opérateurs des organismes de normalisation, les fournisseurs, les régulateurs et les consommateurs ayant un rôle à jouer. La GMSA a travaillé avec l’organisme de normalisation 3GPP pour développer le système d’assurance de la sécurité des équipements de réseau (NESAS) qui contribue à favoriser la confiance de base dans les équipements de réseaux de télécommunications.
Huawei possède six centres de cybersécurité. Ces centres collaborent avec les opérateurs de réseaux clients, les législateurs, les régulateurs et les médias de la société basée à Shenzhen pour montrer la sécurité de ses produits. Les enjeux sont importants pour Huawei afin de renforcer ses informations d’identification en matière de cybersécurité dans le cadre du déploiement mondial des réseaux mobiles 5G.
L’augmentation des cyberattaques et le risque de fuites de données sont parmi les principaux facteurs de croissance du marché des services gérés de centre de données.
2021
2020 fut une année complètement dingue pour Huawei, mais l’entreprise relève le défi.
Selon Thomas Husson, Vice President Forrester Research : « L’année 2021 s’annonce très difficile pour Huawei qui risque de voir ses parts de marché sur les smartphones en Europe continuer à s’éroder, surtout en l’absence d’une alternative crédible pour son AppGallery. Si en 2020, Huawei a pu bénéficier du marché chinois pour déployer ses équipements 5G grâce à la politique industrielle très volontariste du gouvernement chinois, l’enjeu sera de ne pas être totalement évincé du marché européen. Après l’Angleterre, la décision de l’Anssi en France est de très mauvaise augure. Quelle que soit l’issue de l’élection présidentielle américaine, la guerre froide technologique avec la Chine continuera. Malgré des mesures probables de rétorsion sur les activités de Nokia et d’Ericsson en Chine, Huawei risque de devoir accélérer en Afrique et dans certains pays d’Asie. Il sera quand même difficile de passer des paroles aux actes car certains opérateurs sont très dépendants de Huawei et vont demander soit des compensations soit vont perdre en profitabilité. »
Au final, les 2 marchés 5G que sont les US et l’Europe sont très stratégiques. Pour l’instant, les US sont HS mais les prochaines élections dans le pays seront déterminantes pour Huawei, et s’il y a un changement de Président, les enjeux pourraient s’apaiser ! La pression américaine continue et ses effets d’entraînement resteront le plus grand défi de Huawei en 2021. En Europe, la décision anglaise radicale sur le long terme est un signal fort aux autres nations. L’attente de la décision de l’Allemagne devient plus compliquée, mais là encore le temps joue en faveur du géant chinois. Comme d’autres pays d’Europe, la France prépare le terrain pour son marché mobile 5G de nouvelle génération au milieu d’une tempête géopolitique croissante entre deux superpuissances mondiales.
Le revirement du principal constructeur du processeurs Kirin, TSMC est aussi un revers important pour Huawei mais la situation va accélérer.
L’activité smartphone de Huawei est répartie entre les opérations mondiales (où Google est essentiel) et les opérations chinoises (où Google n’est pas pertinent). Ce dernier a sauvé Huawei en 2019. Grâce à de fortes ventes en Chine, Huawei a pu non seulement rester à flot, mais aussi se développer, malgré l’interdiction américaine. Au troisième trimestre 2019, au troisième trimestre 2019, Huawei détenait plus de 40% de l’énorme marché chinois de la téléphonie, avec une croissance de 66% d’une année sur l’autre.
Il reste beaucoup de questions en suspens dans cette ère où la géopolitique n’a jamais été aussi présente dans les Telco ! L’interdiction américaine se poursuivra-t-elle indéfiniment ? D’autres pays vont-ils suivre les US ? Si ce n’est pas le cas, Huawei essaiera-t-il de revenir au statu quo d’avant l’interdiction ? Quelles en seront les conséquences à long terme ? L’OS Harmony va-t-il s’imposer comme troisième OS ? Est-ce que Huawei sera un Jour 1er constructeur de smartphones mondial ?
Les réponses à ces questions pourraient façonner le destin de Huawei, l’ensemble de l’industrie technologique et, par extension, le monde globalisé dans lequel nous vivons. En théorie, Huawei pourrait abandonner Google, se retirer en Chine et abandonner tous les efforts qu’il déploie pour se développer à l’international. Le marché chinois est suffisamment grand pour lui permettre de survivre indéfiniment, bien qu’à une échelle beaucoup plus petite. Mais cela ne se produira probablement pas.