Publié le 24 juin 2011, modifié le 30 octobre 2014.
Par La Rédaction

[Tribune] L’application CheckMyMetro relance le débat de l’Open Data

Publié le 24 juin 2011, modifié le 30 octobre 2014.
Par La Rédaction


Article écrit par Benjamin Suchar. Benjamin a fondé en 2010 l’application mobile . Benjamin est également le co-fondateur de , plateforme à destination des parents qui sortira prochainement.

« Encourager l’innovation », « Accompagner la révolution numérique ». Presqu’une évidence, répétée inlassablement par le gouvernement. Comme par exemple le 11 janvier par Eric Besson lors de sa visite de l’incubateur de start-up « le camping ». Mais l’innovation en France, est un parcours semé d’embuches avec des adversaires redoutables. Surtout si naïvement vous pensez par exemple que la carte du métro ou les horaires du métro n’appartiennent à personne, ou plutôt, appartiennent à tout le monde ! Bienvenu dans l’ère de l’ OpenData

CheckMyMetro, faire du métro un terrain de jeu et d’échange

Au cours de l’été 2010, je crée avec une belle équipe CheckMyMetro. Mon idée ? Faire du métro un terrain de jeu et d’échange. Grâce à l’application iPhone CheckMyMetro, les voyageurs du métro deviennent enfin connectés au sein d’une communauté. Ils partagent sur leur environnement en « checkant » musiciens, graffitis, contrôleurs, publicités, coups de cœur, coups de gueule ou toute autre action drôle, intéressante ou utile dans le métro.

En mai 2011, soucieux de toujours faire évoluer CheckMyMetro, je décide de lancer une version 2, encore plus complète pour les voyageurs en proposant notamment l’accès à la carte du métro ou la consultation des horaires et itinéraires de métro.

Pourquoi ? Le gouvernement a lancé Etalab, qui a pour mission de mettre sur pied le site Data.gouv en rendant facilement accessible les données publiques. Et la RATP est bien un établissement qui a pour mission d’assurer un service public, n’est-ce pas ? En plus, il n’y a eu aucun problème pour ce genre d’applications à New-York ou à Londres !

Ah, l’Open Data ! Des données publiques de l’Etat, notamment sur l’économie, la santé, les transports enfin accessibles. Une transparence sans précédent avec des applications concrètes aussi diverses que connaitre la qualité de l’air, les quartiers les plus dangereux, savoir où va l’argent dépensé par les collectivités locales… Une possibilité d’innovation infinie, grâce à des entrepreneurs qui pourront se servir des données pour développer des services innovants. Un marché de réutilisation des données publiques évalué à 27 milliards d’euros par an dans l’Union Européenne, selon la commission de Bruxelles. Pas si vite ….

Tu ne répéteras pas après moi : Innovation, Transparences, Efficacité

C’était sans compter sur la réaction de la RATP ! Sans même prendre la peine de me contacter, j’apprends dans un courriel qu’Apple me transmet, que la RATP voit dans l’utilisation du plan et l’accès aux horaires une violation de sa propriété intellectuelle.

La directive européenne INSPIRE impose pourtant l’accès aux données publiques et on pourrait considérer en ce sens les données de la RATP comme des données publiques. Cependant, lorsque la directive a été retranscrite dans le droit français, on a exclu de cette obligation les entreprises ou personnes chargées d’une mission de service public à caractère industriel ou commercial. Or, c’est exactement le cas de la RATP, qui est un EPIC, un Etablissement public industriel et commercial.

Les données de trafic de la RATP ou sa carte ne sont donc pas considérées comme des «informations publiques» mais comme des «informations privées» protégées par le droit de la propriété intellectuelle.

La RATP pousse encore plus loin sa fermeture en interdisant dans ses mentions légales de reproduire le mot « RATP » lui-même (ce qui rend ce billet totalement illégal, lire les très bons articles de @Calimaq à ces sujets !)

David contre Goliath

Je me vois ainsi obligé de répondre à Apple et de m’engager à mettre à jour CheckMyMetro en ne rendant plus accessible la carte, les horaires et les itinéraires, et ce pour éviter la suppression pure et simple de l’application. J’écris donc à la RATP pour faire part de cette décision tout en précisant qu’elle me semble un peu dure alors que les horaires et itinéraires sont par exemple accessibles sur n’importe quel navigateur mobile.  Et je m’interroge, publiquement cette fois, sur le bienfondé de cette demande pour un service qui devrait selon moi, être accessible au plus grand nombre et gratuit, sachant que l’application prémium de la RATP a toujours été payante jusqu’au 23 mai.

Je n’aurai aucune réponse de la RATP. Tout juste un communiqué et des tweets qui se félicitent de notre « échange ». Echange ? J’ai plus l’impression d’avoir eu à faire à un monologue, sachant que je n’ai eu aucune réponse à mon email ou aucun contact de la part de la RATP ! La régie de transport parisien en vient même à répondre aux journalistes qu’elle n’a jamais demandé le retrait de l’application sur l’Appstore, ce que je peux pourtant prouver en publiant la lettre de la Régie Autonome des Transports Parisiens! Je décide alors dans un communiqué d’appeler la RATP à retirer sa plainte et à engager un dialogue pour trouver une solution à l’amiable… Sans succès.

Appel aux responsables politiques

Pourquoi cette peur de l’ouverture ? La RATP aurait-elle peur que l’accès à ses données de trafic permette de relever des retards ou incidents ? Souhaite-t-elle revendre ses licences dans une logique mercantile ? Ouvrir ses données, ne serait-ce pas au contraire faire preuve de transparence auprès de ses usagers pour garantir un meilleur service ?

Je profite donc de cet évènement  pour lancer un appel au gouvernement et aux responsables politiques. Comme en témoignent les initiatives d’ouverture des données à l’étranger, c’est avant tout le secteur des transports qui est positivement affecté. Légiférons donc pour inclure les EPIC dans la dynamique de l’Open Data ! Etablissons enfin un dialogue transparent entre les établissements publics et les citoyens. Monsieur Besson, malgré mes nombreux tweets, je n’ai pas obtenu votre avis sur la question, qu’en pensez-vous ?

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