Souveraineté numérique : pourquoi les protocoles ouverts changent la donne

Image d'illustration. Visualisation dynamique de l interconnexion numériqueImage captivante illustrant le flux des données entre les nœuds, présentant une interprétation engageante de l'interconnectivité numérique.
Face aux géants technologiques, l’Europe explore les protocoles ouverts pour bâtir une souveraineté numérique durable, fondée sur l’interopérabilité, la gouvernance partagée et l’implication active des institutions publiques.
Tl;dr
- Les protocoles ouverts réduisent la dépendance aux grands fournisseurs.
- L’adoption impose une participation active à la gouvernance technique.
- La souveraineté numérique européenne passe par l’interopérabilité réglementée.
Un changement structurel pour la souveraineté numérique
Dans le paysage mouvant du numérique selon cet article que les administrations publiques européennes cherchent à s’affranchir de la dépendance aux géants technologiques, tels que Microsoft ou Oracle. Mais cette volonté politique ne se résume plus à un simple choix entre des solutions internes coûteuses et des offres propriétaires. Une troisième voie émerge, portée par les protocoles ouverts. Ceux-ci ne sont contrôlés par aucun acteur unique et permettent à toute institution dotée des compétences nécessaires d’intégrer et d’adapter ses infrastructures numériques selon ses besoins.
Ce mouvement s’inscrit dans un contexte de pression accrue : d’un côté, la quête de souveraineté numérique imposée par l’agenda européen ; de l’autre, l’application du Interoperable Europe Act, qui fait de l’interopérabilité transfrontalière une obligation légale. L’exemple de la plateforme Tchap, adoptée par la Direction interministérielle du numérique (DINUM) en France, illustre ce virage : bâtie sur le protocole ouvert Matrix, elle assure la messagerie sécurisée de milliers de fonctionnaires sans dépendre d’un fournisseur unique.
Diversifier les modes de gouvernance technique
Adopter un protocole ouvert, c’est bien plus qu’acquérir un logiciel : il s’agit d’intégrer une dynamique collective, où les règles évoluent au gré des contributions et des discussions entre pairs. Cette gouvernance décentralisée diffère radicalement du modèle contractuel classique. Les institutions ne peuvent pas simplement exiger des garanties ; elles doivent comprendre comment se prennent les décisions, anticiper les évolutions techniques et évaluer leur influence réelle dans ces communautés souvent mondiales.
Le défi est réel : sans une vigilance constante, le risque est d’échanger une dépendance vis-à-vis d’un fournisseur contre une vulnérabilité face à un écosystème dont on ne maîtrise ni le rythme ni l’orientation. Par ailleurs, certains protocoles voient leur développement façonné par une poignée d’acteurs privés influents ou reposent sur quelques ingénieurs clefs. Une implication proactive devient alors indispensable pour peser sur la trajectoire du protocole choisi.
Bâtir la capacité institutionnelle : l’exemple français
Quelques initiatives montrent toutefois la voie. En rejoignant officiellement en 2025 la fondation Matrix.org, la DINUM a formalisé sa participation à la gouvernance du protocole Matrix – une première mondiale pour un gouvernement. Cette démarche n’a pas offert à la France un contrôle exclusif ; elle a surtout permis de structurer l’engagement national autour de ce standard clé pour l’administration.
Face au manque de ressources individuelles dans certaines entités publiques, des approches collectives émergent. Le forum « Matrix for Public Sector », créé en partenariat avec plusieurs États membres de l’UE et la Commission européenne, favorise le partage d’expériences et la coordination pour renforcer le poids institutionnel dans ces processus décisionnels ouverts.
Pour toute administration souhaitant s’engager sur cette voie, quelques critères s’imposent :
- S’évaluer sa capacité à suivre activement l’évolution des spécifications.
- S’assurer d’une représentation régulière dans les groupes de travail communautaires.
- S’appuyer sur des prestataires engagés dans le maintien du protocole choisi.
L’avenir se joue dans l’engagement collectif
L’essentiel n’est donc plus seulement technique : investir dans les protocoles ouverts exige que chaque institution développe sa propre compétence en matière de gouvernance numérique. En fin de compte, c’est cet engagement actif, discret mais décisif qui permettra aux infrastructures publiques non seulement d’échapper à l’emprise des acteurs dominants mais aussi d’évoluer en phase avec les exigences démocratiques et stratégiques européennes.