Open source : l’atout stratégique de la souveraineté numérique européenne

Image d'illustration. Centre de données européen moderne avec drapeau holographiqueUn centre de données européen moderne illuminé par un drapeau holographique de l'Union Européenne mettant en avant une technologie avancée.
Face aux tensions géopolitiques, l’Europe accélère sur la souveraineté numérique. L’open source, les standards ouverts et l’interopérabilité s’imposent comme des leviers stratégiques pour bâtir une autonomie technologique durable et compétitive.
Tl;dr
- L’open source renforce la souveraineté numérique européenne.
- L’indépendance technologique passe par l’interopérabilité et les standards ouverts.
- Un écosystème européen solide nécessite plus d’investissement public.
Des enjeux de souveraineté au cœur des politiques européennes
Face à une instabilité géopolitique persistante, les gouvernements du continent cherchent à garantir leur autonomie technologique. Depuis que Ursula von der Leyen a placé la « souveraineté technologique » au centre des débats en 2019, le sujet ne cesse de prendre de l’ampleur. Il ne s’agit plus seulement pour l’Europe de produire ses propres solutions numériques, mais de s’assurer qu’en cas de crise, elle puisse continuer d’opérer sans dépendre d’acteurs extérieurs. Un impératif devenu encore plus pressant avec le retour des conflits à la périphérie de l’Union.
L’open source, un levier stratégique pour l’Europe
Au fil des années, les institutions européennes ont mis en place plusieurs outils pour encourager le développement du logiciel libre. On peut citer la stratégie open source pilotée par la DG DIGIT de la Commission européenne ou encore l’implication des organismes comme le CEN-CENELEC et l’ETSI. Si 22 % des comptes GitHub sont européens presque autant qu’aux États-Unis, c’est aussi parce que l’écosystème open source y est déjà bien implanté.
Comme le souligne Amandine Le Pape, cofondatrice et directrice de l’exploitation chez Element et cofondatrice de la Fondation Matrix.org, cette dynamique reste fragile : une grande partie des projets repose encore sur des communautés bénévoles ou des PME insuffisamment financées. Sans mécanismes de soutien pérennes, l’Europe peine à structurer des infrastructures open source réellement robustes, compétitives et souveraines à long terme.
Pour approfondir ces enjeux, j’ai enregistré en 2024 un podcast captivant avec Amandine autour des messageries décentralisées et de leur avenir, notamment à travers la vision portée par Element.
Interopérabilité et standards ouverts : les conditions d’une vraie autonomie
Pour garantir une réelle souveraineté numérique, il ne suffit pas que les États achètent européen. La dépendance vis-à-vis d’un fournisseur unique même européen fait courir un risque certain. L’enjeu consiste donc à favoriser l’interopérabilité grâce à des standards ouverts. Cette démarche se vérifie dans le secteur de la messagerie sécurisée : le standard Matrix, promu notamment par Element, permet aux gouvernements comme ceux de la France (avec Tchap), de basculer facilement vers d’autres prestataires si nécessaire.
Voici ce que cela implique concrètement :
- Pouvoir changer facilement de fournisseur sans refonte totale.
- Bénéficier d’une transparence totale sur le code utilisé.
- Soutenir un écosystème dynamique plutôt qu’un acteur dominant.
Ce choix stratégique s’accompagne d’effets positifs mesurables : chaque euro investi dans ces solutions renforce non seulement l’autonomie, mais stimule aussi l’économie locale en créant emplois et innovation.
Miser sur l’avenir : investir et mutualiser les forces européennes
Les initiatives actuelles, bien qu’encourageantes, restent insuffisantes face aux défis à venir. Pour transformer cette force latente en véritable capacité souveraine, il devient urgent d’intégrer l’open source dans les politiques publiques et industrielles. Cela suppose non seulement un réinvestissement massif notamment en redirigeant certains abonnements payés à des fournisseurs américains vers des acteurs européens — mais aussi une coopération renforcée entre États membres et entreprises locales.
Finalement, il ne s’agit pas simplement d’une opportunité technique mais d’un enjeu politique majeur : moins dépendre des grandes plateformes centralisées, mieux négocier avec les puissances étrangères… Et faire en sorte que chaque euro public investi dans le logiciel libre contribue à forger une Europe numérique forte et résiliente.