NVIDIA sous pression face à des détournements de puces vers la Chine

Puce NVIDIA enfermée dans un serveur bleu
Image d'illustration. Les contrôles sur les puces IA sont contestés. — ADN

Une nouvelle arrestation relance les critiques contre NVIDIA. Washington soupçonne des failles de contrôle dans la revente de serveurs IA vers la Chine.

En bref

  • Washington durcit le regard sur NVIDIA
  • Des serveurs IA auraient fini en Chine
  • Les contrôles export montrent leurs limites

Le marché gris des puces IA grossit au point de viser directement NVIDIA. Après une nouvelle arrestation relayée par Bloomberg, des responsables américains jugent que le groupe n’a peut-être pas vu, ou pas voulu voir, certains signaux autour des exportations de serveurs vers la Chine.

Un trafic devenu trop massif pour passer inaperçu

Cette fois, les procureurs américains ont inculpé Greg Lui, accusé d’avoir acheminé vers la Chine des serveurs intégrant des puces d’IA pour une valeur d’environ 276 millions d’euros (300 millions de dollars). L’affaire arrive après une autre scène devenue presque absurde, mais très parlante, une vidéo de surveillance montrant quelqu’un utiliser un sèche-cheveux rouge pour décoller des autocollants de numéros de série sur des boîtiers de serveurs NVIDIA.

Résultat, on n’est plus dans l’incident isolé. Les autorités voient plutôt un réseau de contrebande qui profite des restrictions américaines, puisque ces puces valent encore plus une fois devenues difficiles d’accès en Chine.

Les angles morts qui embarrassent NVIDIA

Le point sensible, c’est la géographie des livraisons. Des pays proches de la Chine, notamment Singapour et la Thaïlande, ont reçu des volumes de puces jugés disproportionnés par rapport à leurs besoins locaux. L’ancien responsable de la politique IA au département d’État, Daniel Remler, a dit n’avoir jamais obtenu d’explication convaincante sur ces flux vers l’Asie du Sud-Est si les clients finaux n’étaient pas chinois.

En parallèle, Bloomberg évoque des dizaines de centres de données en construction dans l’ouest de la Chine, capables d’héberger jusqu’à 115000 processeurs restreints de NVIDIA. Et, selon des sources citées par l’agence, des responsables américains pensent que ce volume aurait déjà été introduit clandestinement, voire davantage. Là, le contraste est assez brutal entre les règles affichées et ce qu’on retrouve potentiellement sur le terrain.

Le cas OBON résume toute la faille du dispositif

L’exemple le plus précis remonte à une opération impliquant Super Micro et son cofondateur Yih-Shyan « Wally » Liaw, cité parmi les collaborateurs accusés. Des acheteurs en Chine voulaient les derniers serveurs IA. Pour contourner les contrôles, environ 2,3 milliards d’euros (2,5 milliards de dollars) de serveurs ont été vendus à OBON, société basée à Bangkok et censée bâtir une infrastructure IA en Thaïlande.

Sauf que les machines seraient parties directement chez des utilisateurs finaux chinois. Pour tromper les contrôles de conformité, les conspirateurs auraient retiré des étiquettes sur de vrais produits NVIDIA avant de les coller sur des serveurs factices. Les autorités ajoutent qu’OBON n’avait pas la capacité physique nécessaire, autour de 100 mégawatts de datacenters, pour héberger autant de serveurs. Dans un pays où les capacités IA en exploitation se comptent seulement en quelques centaines de mégawatts, ça aurait dû attirer l’attention.

Un dossier aussi industriel que politique

NVIDIA conteste cette lecture. L’entreprise explique qu’un plan de croissance porté par une startup dans un pays allié ne doit pas être traité comme un signal suspect, et rappelle qu’elle respecte les lois américaines telles qu’elles sont écrites. Elle ajoute aussi que les progrès de Huawei réduisent la dépendance des acheteurs chinois à son matériel.

Mais le dossier dépasse la seule conformité. Le patron d’NVIDIA, Jensen Huang, a fait pression pour alléger les restrictions vers la Chine et d’autres pays asiatiques, et pour autoriser l’an dernier les ventes d’accélérateurs Hopper H200. Au Congrès, le soutien à un tour de vis plus dur reste limité, à l’exception de quelques élus comme la sénatrice Elizabeth Warren, qui avait vivement critiqué le refus de Huang de venir témoigner.

Jérôme Nelra

Spécialiste Tech

X Tous ses articles →
Une erreur dans cet article ?

Nous apportons le plus grand soin à chaque article et nous appuyons sur des sources fiables. Personne n'est à l'abri d'une erreur : si vous en repérez une, signalez-la, nous la corrigerons au plus vite.

Sujets
Nvidia Semi-conducteurs

Lisez Servicesmobiles.fr en priorité sur Google

Ajoutez-nous à vos sources préférées : nos articles remonteront plus haut dans votre actualité.

Ajouter à mes sources