La FCC durcit l’accès aux numéros VoIP et ravive la colère de Pékin

Carte des États-Unis bloquant un drapeau chinois
Image d'illustration. Washington vise les accès VoIP aux États-Unis. — ADN

Washington veut bloquer l’accès direct aux numéros US pour des acteurs VoIP jugés sensibles. La Chine dénonce une nouvelle pression contre ses groupes télécoms.

En bref

  • La FCC vise l’accès VoIP aux numéros américains
  • La Chine dénonce une pression injustifiée
  • Les télécoms chinois restent dans le viseur

Le sujet paraît technique. Il ne l’est qu’à moitié. Quand un régulateur serre l’accès aux numéros téléphoniques, il touche un point très concret de l’infrastructure, celui qui permet à des acteurs VoIP d’entrer directement dans le réseau américain. Et c’est exactement ce que prépare la FCC.

Le numéro devient un point de contrôle stratégique

Le régulateur américain a mis sur la table de nouvelles règles pour empêcher des fournisseurs télécoms inscrits sur sa Covered List, la liste des entités considérées comme des menaces pour la sécurité nationale, d’accéder directement aux numéros américains pour les appels VoIP. Si le texte est approuvé lors d’une réunion de novembre puis mis en place, il modifiera les règles d’autorisation liées à l’attribution de numéros pour la VoIP.

Dans le lot, on retrouve des divisions de China Mobile, China Unicom et China Telecom, ainsi que plusieurs équipementiers. En gros, ce n’est pas un ajustement de formulaire. C’est un filtre d’entrée supplémentaire pour des groupes déjà dans le collimateur de Washington.

Washington mélange robocalls et sécurité nationale

Le président de la FCC, Brendan Carr, a présenté cette mesure le 28 octobre comme un renfort des défenses américaines contre les robocalls illégaux. Son idée, c’est d’imposer des certifications centrées sur la sécurité nationale avant tout accès à des numéros privés.

Brendan Carr a expliqué qu’il voulait renforcer le processus de vérification auquel passent tous les fournisseurs avant d’obtenir des numéros de téléphone. Il a aussi affirmé, en substance, que cela compliquerait nettement la tâche des acteurs malveillants sur les réseaux et s’inscrivait dans un effort plus large pour examiner chaque étape du cycle d’un appel afin de freiner les robocalls illégaux.

Pékin y voit une nouvelle attaque contre ses groupes

Côté Pékin, la réaction a été immédiate. Le représentant du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, a dénoncé ce qu’il a présenté comme une suppression déraisonnable des entreprises chinoises.

Il a accusé les États-Unis d’avoir étiré la notion de sécurité nationale et d’abuser du pouvoir d’État pour réprimer sans raison valable des sociétés chinoises. Selon lui, ces décisions entravent gravement les échanges économiques et commerciaux normaux et ne servent les intérêts d’aucune partie, y compris ceux des entreprises et des consommateurs américains. La Chine, a-t-il ajouté, prendra des mesures pour protéger ses droits et intérêts légitimes.

Un épisode de plus dans une pression ciblée

Bon, ce n’est pas une séquence isolée. Cette proposition est la dernière initiative de la FCC visant les entreprises présentes sur sa Covered List, une liste composée en grande partie d’acteurs chinois.

Les autorités chinoises comme les groupes concernés contestent régulièrement ce type de décision. Pour l’écosystème, l’enjeu est clair, la régulation des réseaux et la lutte contre la fraude servent aussi de levier géopolitique. Et quand l’accès aux numéros devient un outil de pression, toute la chaîne télécom regarde ça de près.

Christophe Romei

Spécialiste Tech

Expert sur l'industrie du mobile depuis 2005

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