Interview exclusif de Gilles Babinet, Fondateur de Musiwave, co-fondateur des sociétés Eyeka, Mxp4 et Digicompanion
A la veille de l’ouverture du MEM -Mobile Entertainment Market- Gilles Babinet, Fondateur de Musiwave, co-fondateur des sociétés Eyeka, Mxp4 et Digicompanion, et Administrateur du Mobile Entertainement Forum (MEF) nous livre son point de vue sur l’évolution de son secteur et du « Mobile Entertainment Content » en particulier.
Gilles Babinet, cela fait à présent de nombreuses années que vous développez des start-up dans l’univers du Mobile. Quelles sont les grandes tendances du moment, selon vous ?
Nous sommes dans une époque intéressante, car il devient à présent difficile au grand public de rester à l’écart de l’internet mobile. Les terminaux sont économiquement accessibles et systèmatiquement paramettrés et le renouvellement du parc fait que la majorité de la population -au moins en europe- dispose d’un moyen d’accès à l’internet mobile. Par ailleurs, de nombreuses technologies, dont on ne parle finalement pas tant que ça comparées au bruit que l’on avait fait avec le lancement de la 3G en 2002, elles sont en train de changer la donne : je pense en particulier au HSDPA (3G+) et au DVBH (TV sur mobile).
On entend parfois dire qu’à part quelques cas de succès isolés -dont votre ancienne société Musiwave et l’éditeur Gameloft, les réussites n’ont pas été aussi nombreuses qu’escomptées. Qu’en pensez vous ?
Il est exact qu’il y a eu un certain nombre d’échecs pour seulement quelques succès. En 2004, il s’était presque formée une mini « bulle » dans le secteur de l’internet mobile, et des fonds spécialisés se sont même constitués. Malheureusement, l’absence de standard technologique unifié et le niveau de régulation élevé qu’ont imposé les opérateurs ont eu raison de ce secteur. Même si ces derniers s’en rendent bien compte aujourd’hui et que de vrai standards émergent enfin, l’entertainement mobile souffre de l’image d’un « sous-Internet, aux fonctionnalités limitées », manquant de souplesse et de potentiel créatif. C’est donc normal que les investisseurs soient devenus frileux. Ces derniers temps, c’était plutôt le web 2.0 qui a eu la faveur des investisseurs.
Et que vous inspire cet univers du Web 2.0 ?
L’idée du web 2.0 se résume à créer une relation avec l’internaute où celui-ci est partie prenante dans la production du contenu et l’animation du service. Cela crèer des potentialités plus fortes pour l’internaute et un cout d’animation de service réduit pour la société éditrice : c’est du win-win. Dans la musique par exemple, ça a amené un vrai renouveau, dans un secteur qui n’a pas encore trouvé son modèle ultime. Je pense par exemple à Pandora, LastFM, Musikblog, Musicovery, etc. Cela semble être une tendance inneductable, mais ça ne veut pas pour autant dire que les start-up 2.0 vont toutes réussir, loin de là.
Vous croyez à une bulle de l’internet 2.0 ?
Je ne sais pas ; c’est probable, même si elle n’aurait pas d’ampleur comparable avec celle de 2000. Dans un récent article des échos (10 mai 2007 – NDLR) qui évoquait une grande conférence Internet à Saragosse – Innovate 2007- on pouvait lire que les Investisseurs craignaient désormais que l’économie de l’internet ne soit à nouveau rentrée dans un bulle.
Le principal problème des start-ups 2.0, c’est qu’elles n’ont toutes que la publicité pour source principale de revenu. Or, le marché publicitaire, par essence, n’est pas infini.
Les investisseurs en prennent conscience et commencent désormais à restreindre fortement leurs investissements dans ce secteur. Il est ainsi probable que des sociétés qui avaient obtenues un premier tour de financement ne parviennent à en finaliser un second. A cet égard, ça me rappelle la bulle de 2000, oui.
On entend de plus en plus parler de Mobile 2.0 (1) ? Selon vous, mythe ou réalité ?
C’est curieux que si peu de gens ne fassent le lien entre ce monde du « Web 2.0 » avec celui du mobile. Je ne connais aucun media qui peut être aussi participatif et viral que le mobile. Dans les services à base de géolocalisation par exemple, on peut laisser un commentaire sur un restaurant -depuis le restaurant- y adjoindre une vidéo, quelques photos. On peut aussi constituer une playlist de ses meilleurs titres de musique, de ses meilleurs cafés, meilleurs lieux de vacances, plus belles vidéos, etc. et de la partager avec ses amis. Et surtout, la réticence qu’ont les consommateurs à payer sur l’internet est bien moins forte sur le mobile ; depuis son origine, les services mobiles ont été payants et il n’y a finalement eu que très peu d’abus. L’internet 2.0 comblerait ainsi l’une de ses plus fortes faiblesses en investissant ce media.C’est vrai que certains de ces services existent, mais qu’ils ne sont pas aussi conviviaux qu’ils pourraient l’être souvent en raison de contraintes absurdes, souvent édictés par les opérateurs eux-mêmes. Il est nécessaire que souffre un peu de cet esprit créatif du web 2.0 sur le mobile pour qu’au potentiel évident, s’adjoigne le génie des concepteurs de l’internet 2.0.
Pourquoi alors le Mobile 2.0 met il tant de temps à se concrétiser ?
C’est deux mondes qui s’opposent presque en tout : dans le mobile, pour pouvoir accéder aux fonctions de facturation (billing) des opérateurs, on doit faire des services qui répondent à des cahiers des charges stricts, d’ou des couts de développement très importants. Dans le Web 2.0 c’est exactement le contraire : un gamin de 16 ans peut faire son service, le lancer et avoir des millions d’utilisateurs quelques semaines plus tard, sans avoir rien demandé à personne ; c’est arrivé plus d’une fois. A ma connaissance, ça n’est jamais arrivé dans le mobile.
Dans le mobile vous avez quelques élus, référencés par les opérateurs qui vont être visibles dans le portail. Dans le web, le référencement passe beaucoup plus par la viralité, les moteurs de recherche. Un partenariat avec Yahoo ! ou Google ne fait pas nécessairement du sens, alors qu’il est presque indispensable dans le mobile de s’allier à un opérateur ou de faire une grosse campagne marketing pour exister.
Enfin et c’est important,des technologies très 2.0, comme Flash par exemple, ne sont vraiment disponibles sur les mobiles que depuis peu ; et encore, il y a de nombreux progrès à faire dans leur implémentation. Mais d’une façon générale, on va dans le bon sens, avec des plateformes de standards technologiques qui commencent à être cohérents sur le mobile.
Est-ce que le Mobile 2.0 sera l’eldorado des start-up ?
Franchement, je ne risque plus à ce genre de prédiction. C’est vrai que beaucoup de choses sont en train de changer, comme je viens de le dire. Les opérateurs comprennent enfin qu’il faut être plus souples, les technos standardisées arrivent et les start-up du web comment à traiter sérieusement le mobile… Si je travaillais pour un fond d’investissement, je regarderai en tous cas très attentivement ce rapprochement de Web 2.0 et du mobile. C’est quand même l’alliance possible du meilleur des deux mondes.
(1) Services Mobile a organisé en 12 Mars 2007 à Paris une conférence intitulée Mobile 2.0 évolution ou révolution