Industrial Next veut des robots d’usine capables de changer en minutes

Pince robotique serrant le logo d’Industrial Next
Image d'illustration. Des robots d’usine plus vite reconfigurés. — ADN

La startup de San Francisco promet des stations robotisées reconfigurables en quelques minutes. BMW va tester sa manipulation fine dopée à l’IA.

En bref

  • Industrial Next promet des changements de ligne en minutes
  • BMW évalue déjà sa robotique de manipulation fine
  • Des tâches smartphone servent déjà de preuve terrain

Changer une ligne de production en quelques minutes plutôt qu’en plusieurs semaines, c’est le pari d’Industrial Next. Et pour l’industrie, ce n’est pas un détail. C’est souvent là que se joue la rentabilité d’une automatisation.

Le vrai sujet, c’est le temps perdu sur les lignes

Dans la plupart des usines, un robot sait faire une chose, sur un produit précis. Dès qu’on touche au process, il faut reprogrammer, changer l’outillage, parfois remplacer des équipements entiers. Résultat, des délais qui s’étirent sur des semaines, voire des mois.

Industrial Next, basée à San Francisco, dit casser cette logique avec des stations robotisées autonomes pilotées par l’IA. L’idée est simple sur le papier, beaucoup moins en exécution, rendre une ligne reconfigurable sans passer par la programmation industrielle classique. Pour les fabricants, l’enjeu est énorme, surtout sur les opérations fines que l’on confie encore à l’humain.

Une pile IA pensée pour la manipulation délicate

La startup s’appuie sur des modèles propriétaires qui relient vision, contexte de tâche et mouvement. Les nouvelles opérations sont apprises par simulation et démonstration, pas via des scripts codés en dur. Bon, c’est précisément le genre de promesse qu’on attend sur le terrain, pas juste sur scène.

Le verrou est connu. Les robots industriels classiques excellent sur des gestes répétables, mais ils décrochent vite dès qu’une petite variation apparaît. Et la robotique manque de données massives pour entraîner des systèmes capables d’assembler des pièces de haute précision. Lukas Pankau résume le problème ainsi : « Nous pouvons faire faire aux robots toutes ces choses spectaculaires, comme danser, parce qu’il y a des données pour ça, mais nous ne pouvons pas leur faire assembler des éléments de haute précision ».

Leur réponse passe par un moteur de simulation à très haute fidélité, censé reproduire la dynamique du réel au plus près. Les robots s’entraînent donc dans un monde virtuel détaillé avant d’être déplacés, recombinés puis redéployés sur d’autres lignes.

De Tesla à Waymo, deux fondateurs nés dans la frustration

Créée en 2021, Industrial Next vient de deux anciens de Tesla, Lukas Pankau et Allen Pan. Le premier a été lead electrical architect chez Tesla avant Waymo. Le second pilotait les efforts d’usine autonome chez Tesla, puis est devenu chief architect chez Neolix.

Leur histoire a un côté très concret. Pankau raconte avoir littéralement trébuché sur Pan, endormi sur une passerelle d’usine après une nuit blanche. Ils ne se sont pas entendus tout de suite, puis ont compris qu’ils partageaient la même obsession, faire avancer les choses, et les mêmes frustrations devant des équipements industriels datés.

BMW regarde, les smartphones servent déjà de terrain d’essai

Sur scène à TechCrunch Disrupt 2026, la jeune pousse a annoncé un partenariat avec le BMW Group Technology Office pour évaluer sa manipulation robotique fine appliquée à la fabrication. Clairement, ce n’est pas encore un déploiement industriel massif, mais le signal compte.

Et il y a déjà des cas d’usage. Certains postes seraient utilisés pour fabriquer l’un des smartphones les plus vendus au monde. Ils réalisent des opérations que les fabricants n’arrivaient pas à automatiser depuis des années, comme enfiler un câble flexible délicat ou clipser un minuscule capuchon de connecteur. Même chose pour une station qui retire les films de protection sur des modules photo et des boutons, à vitesse humaine ou mieux, avec 100 % de précision, y compris sur un nouveau modèle de téléphone et une ligne inconnue. L’ambition finale, elle, va beaucoup plus loin, jusqu’à construire une voiture complète sans intervention humaine.

Christophe Romei

Spécialiste Tech

Expert sur l'industrie du mobile depuis 2005

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