Apple poursuit OpenAI pour vol de secrets industriels et détournement d’informations sensibles. Derrière la plainte, quatre accusations très lourdes.
En bref
- Apple attaque OpenAI en justice
- Quatre accusations structurent la plainte
- Le dossier peut durer des années
Il y a deux ans, Apple et OpenAI travaillaient encore ensemble autour de ChatGPT. Aujourd’hui, les voilà face à face devant la justice fédérale en Californie du Nord. Le contraste est brutal, et il dit quelque chose de plus large sur la course au hardware dopé à l’IA.
La plainte déposée vendredi par Apple accuse OpenAI de s’être approprié des secrets industriels, de la propriété intellectuelle et des informations confidentielles. Le groupe réclame une injonction, ainsi que des dommages et intérêts non chiffrés. Et vu le niveau de détail, on comprend vite que ce dossier ne ressemble pas à une simple querelle de recrutement.
Une alliance récente qui vire au bras de fer
Ce qui frappe d’abord, c’est la bascule. OpenAI, partenaire technologique encore récent, est désormais présenté par Apple comme un concurrent qui avance aussi sur le terrain matériel. Forcément, les transferts de talents prennent une autre couleur.
Apple estime que cette affaire pourrait avoir des effets lourds pour les deux entreprises. Et ce n’est pas exagéré. Quand une plainte mêle chaîne d’approvisionnement, accès réseau, recrutement et design produit, le contentieux déborde vite le simple RH.
Le dossier Liu, ou la faille d’accès exploitée après le départ
Parmi les cas cités, celui de Chang Liu est le plus précis. Ancien Senior System Electrical Engineer chez Apple pendant huit ans, il a rejoint OpenAI en janvier 2026. Selon la plainte, il a découvert qu’il pouvait encore accéder à des fichiers confidentiels après son départ, à cause d’une vulnérabilité d’authentification jusque-là inconnue.
Au lieu d’alerter Apple, il aurait exploité cet accès. La plainte affirme aussi qu’il a indiqué à Peng comment continuer à faire circuler des informations, et qu’il a utilisé l’ordinateur professionnel de cette collègue, encore authentifié au réseau d’Apple, alors qu’elle était toujours salariée. Les échanges cités sont assez crus. Chang Liu aurait écrit « J’ai encore un autre ordinateur », puis plus tard « LOL, j’ai découvert que je peux accéder au stockage réseau, trop drôle ». Réponse de Peng, selon le dossier, « Je suis prête ».
Des entretiens d’embauche transformés en démonstration technique
Autre volet, plus sensible encore sur le plan produit. Apple accuse Tang Yew Tan, ancien vice-président du design produit de l’iPhone et de l’Apple Watch, aujourd’hui Chief Hardware Officer chez OpenAI, d’avoir demandé à des candidats d’apporter en entretien des dessins CAD, des prototypes et des composants physiques.
La plainte évoque notamment des batteries, des systèmes-in-package, des cartes logiques principales et des shields. En gros, pas des souvenirs de bureau. Des éléments techniques qu’Apple considère comme propriétaires, et dont la simple présentation à d’autres recruteurs poserait déjà un sérieux problème.
Fournisseurs visés et départs encadrés
Le dossier ne s’arrête pas aux salariés. Apple affirme qu’OpenAI a aussi cherché à obtenir des informations auprès de ses fournisseurs et partenaires, en s’appuyant sur sa connaissance des relations confidentielles, des procédés de fabrication et même de la terminologie interne.
Mais il y a aussi la méthode de sortie. Apple accuse OpenAI d’avoir conseillé certains employés sur la façon d’annoncer leur départ sans éveiller l’attention, notamment en évitant de révéler leur futur employeur et le fameux walk out, ce départ immédiat qui coupe l’accès sans préavis. Si ces points sont confirmés, l’enjeu n’est plus seulement juridique. Il touche à la façon dont la concurrence se joue, très concrètement, entre deux géants de la tech.