Une rumeur d’acquisition entre Anthropic et Physical Intelligence a enflammé l’IA. Derrière le bruit, il y a de vraies discussions et un enjeu stratégique.
En bref
- La rumeur n’était pas sortie de nulle part
- Anthropic a bien discuté avec Physical Intelligence
- OpenAI pourrait compliquer le dossier
Le plus intéressant, ici, n’est même pas la rumeur. C’est ce qu’elle dit de la bataille en cours entre Anthropic et OpenAI, deux groupes qui multiplient les acquisitions pour transformer leurs modèles en revenus entreprise, tout en préparant leur IPO. Anthropic a déposé son dossier confidentiel le 1er juin, OpenAI une semaine plus tard. Dans ce décor, l’idée d’un rachat dans la robotique n’avait rien d’absurde.
Une rumeur qui colle parfaitement au climat du moment
Sur X, le bruit est parti très vite après un message du blogueur tech Robert Scoble. Et il a tenu, même après un démenti. Il faut dire que Physical Intelligence n’est pas une petite startup perdue dans un garage.
La société, cofondée il y a environ deux ans à San Francisco par Lachy Groom, d’anciens chercheurs de Google et des professeurs de Stanford et Berkeley, a déjà levé plus de 925 millions d’euros (plus de 1 milliard de dollars). Elle discutait encore ce printemps d’un nouveau tour du même montant, pour une valorisation de 10,2 milliards d’euros (11 milliards de dollars). Son modèle π0.5 fait partie des cerveaux robotiques les plus utilisés dans la recherche.
Ce qui s’est vraiment passé entre les deux sociétés
Le point clé, c’est que la rumeur n’était pas inventée de toutes pièces. The Information rapporte que Anthropic et Physical Intelligence ont bien eu des discussions de rachat au printemps.
Le démenti n’a d’ailleurs pas été très musclé. Selon ce même récit, le directeur général Karol Hausman a indiqué en interne sur Slack que les informations étaient fausses, avec un gif d’un personnage de The Office qui secoue la tête. Quant à Lachy Groom, il n’a pas répondu à une demande de commentaire.
Pourquoi la robotique revient au centre du jeu
Si Anthropic regarde la robotique, ce n’est pas par caprice. L’idée, c’est que la compréhension du monde physique pourrait être une brique nécessaire vers des systèmes superintelligents, là où le simple texte d’internet ne suffit pas.
Chez OpenAI, on l’a déjà vu. Le groupe avait conçu une main robotique capable de résoudre un Rubik’s Cube, avant de fermer son équipe robotique en 2021. Puis retour en 2024, discrètement, avec un labo de robots humanoïdes à San Francisco. Fin mai, Sam Altman a officialisé l’ensemble sous le nom OpenAI Robotics, avec un objectif proche, des robots pour l’infrastructure, et un horizon beaucoup plus large, un robot personnel pour chacun.
De son côté, Anthropic n’a pas de labo matériel comparable, mais sa recherche sécurité pousse dans cette direction. Son projet Project Fetch, lancé en novembre, a testé l’aide de Claude pour faire programmer un chien robot par des non-experts. En juin, une seconde phase a montré, selon Anthropic, qu’un modèle plus récent allait environ 20 fois plus vite que la meilleure équipe humain-plus-Claude de l’année précédente.
Le détail qui peut tout compliquer pour Anthropic
Acheter une équipe déjà en place ferait gagner des années à Anthropic. Mais il y a un os. OpenAI est lui-même investisseur dans Physical Intelligence. Pas un voisin de table, un actionnaire.
Et autour de la startup, on retrouve aussi Khosla Ventures, Thrive Capital et, selon des informations déjà publiées cette année, Founders Fund, tous proches de l’écosystème OpenAI. Résultat ? Si Physical Intelligence est vraiment à vendre, OpenAI pourrait disposer d’un levier plus évident que Anthropic, avec d’éventuels droits d’information ou même de préemption. OpenAI n’a pas répondu aux questions posées sur ce point.