Le foot, terrain de jeu pour TV mobile
La diffusion de programmes sportifs par les opérateurs devient stratégique pour l’offre 3G. Le lien privilégié qu’ils entretiennent en matière de sponsoring favorise le rapprochement avec les ayants droit du foot comme les clubs et les fédérations.
Depuis 2003, en Europe, on constate un rapprochement entre les ayants droits (clubs, fédérations, etc.) et les opérateurs mobiles européens (Vodafone, Orange, etc.). En Angleterre, Sportey, éditeur de contenus sportifs interactifs, a ainsi conclu un contrat de trois ans avec la Fédération Anglaise de Ligue 1 pour la diffusion sur mobiles. De même, Orange UK s’est associé au Club de Manchester et SFR a acquis, en plus de son “partenariat maillot”, l’exclusivité en France des droits mobiles 3G de la Coupe du Monde et de la FIFA 2006 pour un montant annuel de 6 millions d’euros. De même, en 2001, Orange avais acquis les droits UMTS du Championnat de France pour 15 millions d’euros par an, et renouvelé le contrat pour 28 millions d’euros pour la période 2006-2008.
En tant que produit d’appel traditionnel de l’audiovisuel au même titre que le cinéma et l’information, on pouvait anticiper un intérêt des opérateurs à rendre attractive l’offre de TV sur mobiles en proposant à leurs abonnés des contenus sportifs. Les audiences réalisées en 2005 par les opérateurs TV pour la diffusion les grands événements sportifs ont de quoi faire rêver les futurs diffuseurs mobiles. TF1 avait rassemblé 13,3 millions de téléspectateurs pour la retransmission du match France-Chypre par exemple.
Les modalités techniques de diffusion préfigurent la forme des offres de services. Bien qu’un certain nombre d’acteurs voient dans la norme DVB-H un potentiel bien supérieur à celui de l’UMTS, l’économie réalisée en termes de consommation de bande passante et de saturation du réseau étant substantielle, l’opportunité technique qu’offre le passage du point multipoint (modèle de la diffusion TV) au point à point (modèle de la 3G) incite les opérateurs à développer leurs offres de services interactifs sportifs et à investir à leur tour dans l’acquisition de droits. Résultats, palmarès, séquences vidéo et photos d’événements sportifs sont désormais proposés dans certains pays européens par abonnement (10 euros par mois) ou en paiement à la demande (2 euros les 5 minutes). L’arrivée de la TV sur mobiles 3G comme nouveaux supports de réception ne risque-t-elle donc pas à terme de modifier profondément la chaîne de valeurs des médias traditionnels ? La position de la Commission sur le sujet laisse entrevoir un changement des pratiques actuelles. Souhaitant développer la concurrence et l’accès par les usagers aux contenus sportifs sur 3G, elle veut favoriser l’abandon des packages et éviter la non-exploitation des droits.
La balle dans le camp européen
Les revenus tirés des événements sportifs diffusés sur les mobiles devraient passer de 500 millions de dollars en 2004 à 5 milliards de dollars en 2009. Le nombre de consommateurs devrait passer de 20 millions en 2004 à 200 millions en 2005. Si l’Asie, et en particulier la Chine, pousseront ce marché, l’Europe l’entraîne déjà avec le football. L’Amérique du Nord, qui pesait 1 % de ce marché en 2004 en captera 25 % en 2005. Le football américain, le basket-ball et le base-ball réussiront-ils à détrôner le ballon rond de la lucarne ? Les paris restent ouverts. Les SMS suivront. Car avant la télévision, ces deux sources de revenus sont les plus lucratives.Source Aymeric Guilhaumaud, consultant Télécoms & Médias chez Ineum pour Mobile Business Magazine