Streaming musical : une mélodie pour Spotify au lourd coût carbone

Image d'illustration. SpotifyADN
L’impact environnemental de Spotify : des émissions de carbone bien plus importantes et préoccupantes que ce que l’on pourrait imaginer au premier abord
Tl;dr
- Le streaming musical a un impact carbone sous-estimé.
- Spotify pourrait accroître ses émissions avec la vidéo.
- L’infrastructure numérique repose majoritairement sur des énergies fossiles.
Un impact écologique loin d’être virtuel
La croyance selon laquelle le numérique serait sans conséquence environnementale a la vie dure. Pourtant, à y regarder de plus près, l’univers du streaming musical, loin d’être dématérialisé, s’appuie sur des infrastructures gourmandes en énergie : serveurs, centres de données ou encore réseaux de transmission. Et ce sont les dernières estimations publiées par Greenly, spécialiste de la comptabilité carbone, qui viennent lever le voile sur l’ampleur réelle des émissions de gaz à effet de serre générées par l’écoute de musique en ligne.
Les dessous chiffrés du streaming audio
En se focalisant sur Spotify, leader mondial du secteur, Greenly révèle une croissance significative de l’empreinte carbone liée à la plateforme. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les émissions totales pourraient atteindre 187 040 tCO₂e en 2025, contre 112 000 quatre ans plus tôt. Cela équivaut à environ 1,04 gCO₂e par heure de musique écoutée. Même si cela peut sembler modeste rapporté à un utilisateur – soit 276 gCO₂e/an –, l’échelle mondiale transforme ce volume en véritable enjeu environnemental.
Plusieurs éléments expliquent cette hausse :
- Sous-évaluation par Spotify : Depuis 2023, la consommation électrique des appareils utilisateurs n’est plus comptabilisée dans leur bilan officiel.
- Croissance fulgurante du nombre d’utilisateurs : De 406 millions en 2021 à 678 millions attendus début 2025.
Notons au passage que le streaming musical reste moins énergivore que la vidéo ; cependant, sa consommation continue et planétaire finit par peser lourd dans la balance.
La tentation vidéo : vers une envolée des émissions ?
Nouveau virage pour Spotify : depuis peu, il est possible pour certains titres de visionner des clips vidéos directement depuis la plateforme. Ce changement pourrait bouleverser le bilan carbone. Selon Greenly, une heure de vidéo produirait jusqu’à 55 gCO₂e, soit plus de cinquante fois l’empreinte d’une heure d’audio.
Si la plupart des abonnés premium (268 millions attendus) se contentent encore d’écouter leur musique écran verrouillé – ce qui limite pour l’instant l’explosion des émissions –, rien ne garantit que cette habitude perdurera. Un élargissement du catalogue vidéo ou un ajustement de l’interface suffiraient sans doute à infléchir les usages et, potentiellement, à propulser les émissions annuelles jusqu’à 3,92 millions tCO₂e. Un chiffre vertigineux.
L’enjeu dépasse Spotify
Il serait néanmoins réducteur de circonscrire le débat au seul géant suédois. Spotify ne représente qu’environ 32 % du marché mondial du streaming musical. L’impact global du secteur – radio incluse ou plateformes gratuites comme YouTube – s’avère bien plus vaste encore. Comme le souligne Alexis Normand, CEO et cofondateur de Greenly : « Ce n’est pas parce que c’est invisible que ça ne pollue pas. »
Méthodologiquement parlant, les calculs reposent sur les données complètes publiées par Spotify en 2021 et ajustées pour tenir compte de la croissance d’utilisateurs et d’une stabilité hypothétique dans les performances énergétiques. À l’heure où nos habitudes numériques semblent anodines, ces nouvelles estimations rappellent qu’il existe toujours un revers matériel – souvent invisible – aux plaisirs immatériels.