Souveraineté numérique : l’Europe à l’heure du réveil face au poids du cloud US

Image d'illustration. Data rgpdADN
Chaque année, l’Europe transfère des milliards aux GAFAM. Un constat alarmant qui relance l’urgence de construire une véritable souveraineté technologique sur le Vieux Continent.
Tl;dr
- 264 milliards d’euros dépensés chaque année dans le cloud américain.
- L’Europe dépendante met en péril sa souveraineté numérique.
- Experts appellent à soutenir les acteurs européens du cloud.
Un chiffre qui interpelle : la facture du cloud américain
Le montant est colossal : 264 milliards d’euros. C’est, selon l’étude menée par le cabinet Asterès pour le Cigref, ce que l’Europe consacre chaque année à des solutions de cloud et logiciels professionnels américains. Une situation qui, bien que connue de longue date par les experts du secteur, prend une tout autre dimension lorsqu’elle se voit ainsi précisément chiffrée. Ce flot financier massif, loin de rester virtuel, soutient directement près de deux millions d’emplois outre-Atlantique et soulève une interrogation centrale : comment l’Europe peut-elle espérer bâtir sa propre souveraineté numérique dans ces conditions ? Il y a des pistes comme le cas Lidl qui est brillant !
Une dépendance qui interroge la stratégie européenne
Du côté des spécialistes, le constat ne surprend guère mais inquiète. Alessandro Fiorentino, expert RGPD chez Adequacy, résume avec force cette réalité : « Ce constat n’est pas une surprise, mais il est alarmant ». Pour lui, la facilité d’utilisation et la puissance des solutions américaines ont conduit le continent à s’en remettre aux GAFAM pour la majorité de ses systèmes d’information. Un choix assumé mais aujourd’hui lourd de conséquences : autonomie stratégique affaiblie, questionnements sur la protection des données – particulièrement sensibles comme celles de santé hébergées par Microsoft Azure – et difficulté désormais à sortir d’un modèle où les budgets opérationnels ont longtemps primé sur l’investissement dans l’innovation locale.
Des freins au changement… et quelques pistes concrètes
Plusieurs éléments expliquent cette inertie :
- Dépendance technologique accrue, rendant coûteuse toute bascule vers des alternatives européennes.
- Craintes financières, car réorienter les budgets vers l’investissement reste un défi politique et économique.
- L’absence jusqu’ici d’un soutien fort des institutions européennes.
Pour Alessandro Fiorentino, seul un engagement clair de Bruxelles – par exemple via l’intégration stricte de critères d’immunité juridique dans la certification EUCS – permettrait d’accélérer véritablement l’émergence de champions locaux.
L’espoir d’un tournant pour le cloud européen
Sébastien Lescop, directeur général de Cloud Temple, va plus loin et estime que ce moment marque non seulement un sursaut mais surtout un début. Selon lui, réallouer seulement 10 % de ces sommes au secteur européen générerait immédiatement plusieurs centaines de milliers d’emplois sur le continent. La mobilisation actuelle des industriels et décideurs publics semble amorcer ce changement tant attendu. Car comme le rappelle Clara Chappaz, directrice de la mission French Tech : « Il n’y aura pas d’IA sans cloud ». L’avenir numérique européen se jouera donc dans sa capacité à bâtir – enfin – ses propres solutions souveraines.