La startup Sonic Fire Tech veut couper un incendie en quelques secondes, sans eau ni produits chimiques. Son pari intéresse déjà les assureurs.
En bref
- Sonic Fire Tech lève environ 14 M€
- Son système éteint sans eau ni chimie
- Assureurs et régulateurs sont la prochaine étape
Un feu, ce n’est pas juste des flammes. Dans une cuisine commerciale, l’après peut être pire que l’incident lui-même. Remington Bixby Hotchkis, COO de Sonic Fire Tech, avance que 75% de ces établissements ne rouvrent pas après des mois de nettoyage et de remise en état.
C’est là que la startup de l’Ohio essaie de déplacer le débat. Son système de protection incendie par le son promet d’éteindre un départ de feu en quelques secondes, sans eau et sans agents chimiques. Pour un exploitant, le gain potentiel est évident, moins de dégâts collatéraux, moins de travaux, et possiblement moins d’arrêt d’activité.
Le vrai sujet, ce n’est pas seulement l’incendie
La promesse est assez simple, sur le papier. Si l’extinction n’arrose rien et ne projette aucun produit, la facture de restauration baisse fortement, voire disparaît dans certains cas. Et en labo, cela compte aussi, parce que les équipes n’ont pas à nettoyer entre deux tests.
Geoff Bruder, cofondateur et CEO, estime d’ailleurs que cet avantage peut accélérer la validation réglementaire. La norme ne juge pas seulement l’idée, elle juge sa répétabilité dans des batteries d’essais. Quand chaque préparation prend des heures, éviter le ménage entre deux séquences change le tempo.
Une levée de fonds pour passer l’obstacle réglementaire
Sonic Fire Tech annonce une levée d’environ 14 millions d’euros (15 M$), menée par O Fund avec la participation de Khosla Ventures. La société avait déjà bouclé un seed d’environ 3 millions d’euros (3,5 M$) en octobre.
L’argent doit servir à recruter et à financer les essais requis pour obtenir l’aval de la National Fire Protection Association, l’organisme qui rédige les codes modèles repris par les services incendie américains. Le cycle prend souvent trois ans. Bruder pense pouvoir aller plus vite, clairement parce que le protocole de test de son système est moins lourd à remettre en place.
Comment le système fonctionne, et pourquoi les assureurs regardent
Techniquement, le dispositif repose sur un générateur sonore qui envoie un son inaudible dans des tuyaux PVC au plafond. Quand des capteurs détectent un feu, le système déclenche des ondes infrasoniques, autour de 20 Hz, qui frappent les flammes.
Hotchkis résume l’ambition ainsi, « Nous sommes la seule technologie qui crée son propre agent extincteur sans dégâts collatéraux. Les fausses alertes nous préoccupent moins. Nous nous déployons en quelques secondes. » Ce point intéresse déjà le secteur de l’assurance, avec des discussions en cours sur d’éventuelles réductions de primes. Si les assureurs suivent, l’adoption peut aller vite.
Bâtiments, maisons, batteries lithium-ion, un terrain large
La feuille de route est large. Sonic Fire Tech prépare des systèmes pour les bâtiments commerciaux, les maisons et les cuisines, en neuf comme en rénovation. Un autre chantier vise l’extérieur des habitations exposées aux feux de forêt, mais il avance plus lentement faute d’accès suffisant à un laboratoire adapté.
Reste un point scruté de près, les batteries lithium-ion. Sur les quelques essais déjà menés, Bruder dit que la technologie ne les éteint pas, mais les contient. Si elle évite l’embrasement du boîtier externe, elle peut freiner la propagation de cellule à cellule et limiter la taille du feu. Et pour le résidentiel, l’enjeu est loin d’être anecdotique, selon lui, 50% des feux domestiques démarrent dans la cuisine, alors qu’environ 500 juridictions imposent déjà des protections intérieures.