Serve Robotics vend sa pile logicielle aux fabricants de robots tiers

Gros plan sur le torse d’un robot ouvert
Image d'illustration. La pile logicielle devient un produit. — ADN

Serve Robotics ouvre sa techno à d’autres roboticiens avec trois briques, connectivité, data et IA. Un virage stratégique au-delà de la livraison.

En bref

  • Serve Robotics lance Physical AI Services
  • Trois briques, connectivité, data curator, catalogue IA
  • Le groupe vise plus large que la livraison

Ce qui se joue ici dépasse largement le petit robot à yeux ronds sur les trottoirs. Serve Robotics veut devenir une couche technique pour d’autres machines autonomes, celles qui évoluent dans des environnements humains, donc imprévisibles, bruyants, parfois franchement ingrats.

Une couche technique pour les robots qui sortent du labo

Je trouve le mouvement assez logique. Quand une société a passé des années à faire rouler sa propre flotte, elle finit par accumuler des briques qui valent presque autant que le robot lui-même. C’est exactement le pari de Serve Robotics, qui lance une nouvelle activité baptisée Physical AI Services pour vendre sa connectivité et ses outils de données à d’autres acteurs de la robotique.

Son cofondateur et directeur général, Ali Kashani, résume l’idée ainsi : « Nous résolvons le problème des robots dans les espaces humains ». Et il pousse la comparaison avec AWS en expliquant qu’après avoir développé cette technologie pour ses propres besoins, l’entreprise l’ouvre désormais à d’autres qui veulent bâtir sur cette base.

Trois produits pour relier, trier et entraîner

Le premier produit, Serve Link, s’attaque à un sujet très concret : relier des robots sur le terrain à des systèmes d’IA qui tournent dans des data centers. L’intérêt est clair, accéder à des modèles plus puissants sans embarquer toute la puissance de calcul à bord. Dans la vraie vie, avec des réseaux instables, c’est loin d’être un détail.

Deuxième brique, un outil de curation de données capable d’identifier les cas limites dans les masses de données collectées par un robot. Ces edge cases peuvent ensuite revenir dans la boucle d’entraînement pour améliorer les performances.

Et puis il y a un troisième élément, plus stratégique encore : un catalogue de données pour foundation models, construit à partir des données réelles des robots de trottoir de Serve Robotics. En gros, l’idée est d’aider les modèles à mieux comprendre des environnements humains complexes.

Pourquoi ce virage compte maintenant

Ce nouveau métier n’efface pas l’ancien. Serve Robotics continue ses deux lignes de robots, celui de livraison sur trottoir et celui pour les hôpitaux, récupéré via l’acquisition de Diligent Robotics. Mais l’entreprise estime que ses outils peuvent servir aussi à des robots destinés aux fermes, aux entrepôts ou à d’autres terrains peu contrôlés.

Le timing compte. Issue du rachat de Postmates par Uber, puis introduite en Bourse en 2024, la société fait évoluer son activité de livraison, moins dépendante d’Uber et davantage tournée vers DoorDash et Wonder.

Côté clients et partenaires, Bedrock Robotics, qui développe des systèmes autonomes pour engins de chantier, utilise déjà cette offre. Et Serve Robotics travaille aussi avec T-Mobile pour rapprocher la puissance de calcul IA des robots. Pour l’écosystème mobile et edge, c’est ça le point clé. La robotique ne vend plus seulement des machines, elle commence à vendre sa plateforme.

Christophe Romei

Spécialiste Tech

Expert sur l'industrie du mobile depuis 2005

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