Réseaux sociaux : l’UE ouvre la voie à un tour de vis sur mineurs

Smartphone avec vérification d’âge
Image d'illustration. Les mineurs sont au cœur du projet européen. — ADN

Après un rapport alarmant sur l’usage des réseaux par les enfants, l’UE prépare une proposition. Un signal fort pour tout l’écosystème social.

En bref

  • L’UE prépare un tour de vis sur les mineurs
  • Le rapport pointe jusqu’à six heures par jour
  • Une proposition est attendue après l’été

Quatre à six heures par jour. Pour des enfants européens sur TikTok, Instagram et d’autres plateformes, ce n’est plus une habitude marginale, c’est une masse d’usage qui pousse Bruxelles à changer de braquet.

Six heures par jour, et Bruxelles ne peut plus temporiser

Le rapport qui déclenche cette séquence a été rédigé par le psychologue pour enfants Dr. Jörg M. Fegert et l’épidémiologiste Dr. Maria Melchior. Leur constat est lourd. À l’échelle de l’Europe, les mineurs passent quatre à six heures quotidiennes sur les réseaux sociaux, et près de 60 % d’entre eux ont connu des difficultés liées au développement socio-émotionnel et une vulnérabilité accrue aux troubles psychiques, avec à la clé des problèmes de sommeil, de concentration, ainsi qu’une hausse de la dépression et de l’anxiété.

Pour l’écosystème mobile, ce n’est pas un signal faible. Quand des volumes d’usage de cette taille rencontrent des effets sanitaires documentés, le sujet sort du terrain du simple paramétrage produit. Il entre dans celui de la régulation.

Une restriction par âge bien plus large qu’un simple contrôle parental

La recommandation la plus nette vise les moins de 13 ans. Le rapport propose de leur fermer l’accès aux réseaux sociaux, sauf sous supervision d’un parent ou d’un enseignant. Pour les 13-18 ans, l’accès resterait possible, mais uniquement sur des plateformes dotées de protections, par exemple des limites au scroll infini. Et pour les enfants de moins de trois ans, la recommandation va plus loin, avec l’absence totale d’accès aux écrans.

De son côté, Ursula von der Leyen assume une ligne politique assez claire. La présidente de la Commission européenne a expliqué qu’il fallait des restrictions adaptées à l’âge sur les plateformes. Elle a aussi résumé l’enjeu en une formule bien sentie, « Il ne s’agit pas de savoir si les enfants peuvent accéder aux réseaux sociaux. Il s’agit de savoir si, et à partir de quand, les réseaux sociaux peuvent accéder à nos enfants. »

L’Europe regarde déjà ce qui coince ailleurs

L’Australie a ouvert la voie en interdisant les réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Mais les critiques sont connues, contournement par faux âge ou faux comptes. Le gouvernement australien a d’ailleurs décidé de doubler l’amende maximale pour les plateformes qui enfreignent la loi, à environ 60 millions d’euros (99 millions $AUD).

Ailleurs, ça bouge aussi. La France, l’Allemagne et l’Espagne regardent le sujet, tandis que la Floride a mis en place en 2024 une interdiction pour les moins de 14 ans sans accord parental.

Un chantier massif pour 27 pays et 81 millions de mineurs

Si l’Union européenne va au bout, on parlera de la plus grande tentative de restriction de ce type. Le bloc compte environ 450 millions d’habitants, dont près de 81 millions de moins de 18 ans. Ce n’est pas anecdotique, clairement.

Mais il y a un mur politique. Une telle loi suppose des négociations et l’adhésion des 27 États membres, donc du temps. La Commission européenne va maintenant examiner le rapport et ses recommandations, avant de présenter une proposition après l’été. Pour les plateformes, le message est déjà là. Le débat européen ne porte plus seulement sur la modération ou la confidentialité. Il touche désormais au droit d’entrée même des mineurs sur les réseaux.

Christophe Romei

Spécialiste Tech

X LinkedIn Site web Tous ses articles →
Une erreur dans cet article ?

Nous apportons le plus grand soin à chaque article et nous appuyons sur des sources fiables. Personne n'est à l'abri d'une erreur : si vous en repérez une, signalez-la, nous la corrigerons au plus vite.

Sujets
Commission européenne Regulation Réseaux sociaux

Lisez Servicesmobiles.fr en priorité sur Google

Ajoutez-nous à vos sources préférées : nos articles remonteront plus haut dans votre actualité.

Ajouter à mes sources