Réseaux sociaux, IA, pub : le digital vu par les moins de 13 ans

Image d'illustration. Manete jeux video smartphoneADN
Dès 11 ans, les enfants s’approprient réseaux sociaux, smartphones et intelligence artificielle. Une évolution rapide qui redéfinit les codes du numérique et impose de nouveaux repères éducatifs et éthiques.
Tl;dr
- 75% des moins de 13 ans sur les réseaux sociaux.
- Adoption de l’IA en forte progression chez les enfants.
- WhatsApp et jeux vidéo gagnent en popularité sociale.
L’essor précoce du numérique chez les enfants
L’utilisation massive des réseaux sociaux par les moins de 13 ans ne faiblit pas. Selon la dixième édition du baromètre Born Social, dévoilée par l’agence heaven du groupe Hopscotch, près de 75 % des enfants interrogés déclarent une fréquentation régulière de ces plateformes, en dépit de l’âge légal fixé à 13 ans. Ce phénomène, déjà ancré depuis la crise sanitaire, semble désormais faire partie intégrante du quotidien digital des jeunes.
La généralisation du smartphone n’y est sans doute pas étrangère. À douze ans, 93 % des enfants possèdent leur propre appareil – une proportion qui grimpe sensiblement à l’approche de la sixième. Par ailleurs, la familiarité avec les systèmes d’exploitation progresse : seuls 3 % ignorent aujourd’hui s’ils utilisent Android ou iOS. Les téléphones à touches deviennent résiduels.
Nouvelles pratiques et plateformes émergentes
Du côté des usages, si le temps passé sur écran reste relativement stable par rapport à l’année précédente, plusieurs évolutions notables apparaissent. La sensibilisation aux outils de suivi explose : plus d’un enfant équipé sur deux connaît ces applications, soit un bond spectaculaire depuis 2020. La géolocalisation gagne aussi du terrain : désormais, six jeunes sur dix se déclarent géolocalisés.
Dans le choix des plateformes, quelques surprises émergent. WhatsApp s’installe solidement en deuxième position derrière YouTube, devançant désormais Snapchat – reflet d’une acceptation parentale pour ses usages communicationnels. Les jeux vidéo comme Roblox, mais aussi le regain d’intérêt pour Fortnite et Minecraft, servent avant tout de supports sociaux : plus de 60 % des enfants jouent en ligne pour rester connectés avec leurs amis.
Voici ce qui ressort nettement :
- L’explosion des formats courts (Shorts) sur YouTube façonne l’accès aux contenus type TikTok.
- Les fonctionnalités ludiques (filtres, flammes) maintiennent l’attrait de Snapchat.
- L’éloignement marqué vis-à-vis de Facebook ou X persiste chez cette tranche d’âge.
L’intelligence artificielle s’impose dès la préadolescence
L’édition 2025 marque une rupture : jamais l’adoption de l’IA n’avait été aussi rapide chez les préadolescents. Plus d’un enfant sur cinq affirme utiliser régulièrement un outil comme ChatGPT – une progression notable puisqu’en un an, la part des non-utilisateurs a chuté de manière spectaculaire (52 % contre 74 %). Chez les 11-12 ans, l’usage hebdomadaire ou mensuel a plus que doublé.
Le baromètre rappelle que ces habitudes précoces pèsent durablement sur les choix numériques à venir. Pour Emmanuel Berne, directeur du pôle Social Media chez heaven, « les usages numériques établis très tôt influencent profondément la routine digitale future ». Si la percée de l’IA reste inférieure à celle observée chez les adolescents et étudiants – où elle est quasi généralisée –, son ancrage dans le quotidien s’affirme rapidement.
Rapport aux marques et saturation publicitaire : prudence accrue
Enfin, un autre indicateur ne passe pas inaperçu : moins d’enfants suivent activement des marques sur leurs réseaux avant treize ans (73 %, contre 85 % il y a deux ans). Et si certains formats sponsorisés suscitent toujours la curiosité, plus d’un jeune sur deux juge la publicité envahissante. Un signal dont les acteurs du numérique et annonceurs devront tenir compte à mesure que ces générations prennent le pouvoir sur leur vie digitale.