PlayStation verrouille son futur numérique, et fragilise le jeu vidéo

PlayStation
Image d'illustration. PlayStation — ADN

En fermant des boutiques anciennes et en visant le tout-numérique dès 2028, PlayStation serre son écosystème. Le signal dépasse largement la console.

En bref

  • PlayStation vise le tout-numérique dès 2028
  • Les stores PS3 et Vita vont disparaître
  • Accessibilité, confiance, préservation: trois chocs pour l’écosystème

Le plus frappant, ici, c’est le paradoxe. PlayStation pousse ses joueurs vers le numérique, tout en leur rappelant dans le même mouvement qu’un achat dématérialisé ne tient qu’à la solidité d’une boutique et à la durée de vie d’un serveur. Pour un constructeur qui vit aussi de la confiance dans son écosystème, le signal est rude.

Un basculement de marché qui ne dit pas tout

Sur le papier, la logique existe. PlayStation indique que 85% de ses ventes au quatrième trimestre fiscal 2025 étaient numériques, contre 19% en 2015. Au Royaume-Uni, les ventes physiques de jeux auraient chuté de 26% en 2024. Et le mouvement dépasse le jeu vidéo: selon Statista, 42% des Américains avaient abandonné les supports physiques pour les films, les séries et la musique en 2026.

Mais ces chiffres masquent les écarts d’usage. Toujours au Royaume-Uni, 81% des ventes de Warhammer 40,000: Space Marine 2 étaient numériques, alors que Astro Bot faisait encore 55% de ses ventes en physique. Le marché bascule, oui. Pas de façon uniforme.

Le disque reste un filet de sécurité pour des millions de joueurs

Même réduite à 15% ou 20%, une part minoritaire représente encore des millions de joueurs. Ceux qui ont une connexion instable, ceux qui vivent sur des bases militaires, mais aussi les plus jeunes et les ménages au budget serré.

C’est là que la décision devient plus lourde qu’un simple choix de format. Un jeu sur disque peut se prêter, se louer via GameFly ou en bibliothèque, se revendre, s’offrir. Bref, il ouvre des portes que le store fermé ne laisse pas toujours ouvertes. Et dans un contexte économique tendu, avec des salaires qui stagnent et des coûts qui montent, réduire ces alternatives ressemble à un pari assez sec.

Préserver les jeux ne se résume pas à les rééditer un jour

L’autre angle, moins visible mais plus profond, c’est la préservation. Un disque n’est pas parfait, surtout à l’ère des mises à jour, mais il offre au moins un point d’ancrage matériel. Quand le support en ligne s’arrête, il reste quelque chose entre les mains du joueur.

L’Entertainment Software Association soutient qu’un jeu obsolète n’existe pas vraiment puisqu’il peut être réédité. Sauf que l’étude de la Video Game History Foundation rappelle que 87% des jeux sont hors circulation. En clair, la possibilité d’un portage ne garantit rien. Beaucoup de titres restent coincés sur d’anciens stores, et cette logique alimente aussi l’idée, très présente dans le secteur, que la piraterie devient parfois le seul moyen de conserver des œuvres.

Fermer PS3 et Vita tout en imposant le dématérialisé, le mauvais signal

C’est sans doute le point le plus maladroit. PlayStation prévoit la disparition des boutiques PS3 et Vita, tout en annonçant qu’à partir de 2028, les jeux lancés sur ses systèmes seront uniquement numériques. Le message implicite est limpide: achetez dématérialisé, mais sans garantie vraiment rassurante sur la durée.

La formule retenue pour les contenus déjà achetés, téléchargeables dans un avenir prévisible, ne suffit pas à calmer l’inquiétude. D’autant que PlayStation a déjà révoqué certains achats de films et de séries. Sans geste en face, comme un engagement sur la rétrocompatibilité ou des prix numériques revus à la baisse, cette stratégie rétrécit moins le catalogue qu’elle ne rétrécit l’horizon du médium.

Jérôme Nelra

Spécialiste Tech

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