Obsolescence : quand l’Amérique freine sa propre productivité

Image d'illustration. Arbre surréaliste avec smartphonesADN
Les Américains conservent de plus en plus longtemps leurs appareils électroniques. Un choix qui semble rationnel, mais qui ralentit l’économie, freine l’innovation et soulève des questions sur notre rapport au progrès technologique.
Tl;dr
- Les Américains conservent leurs appareils plus longtemps qu’avant.
- Obsolescence ralentit la productivité et coûte à l’économie.
- Le marché du reconditionné peine à s’imposer durablement.
Des appareils vieillissants, une habitude qui s’ancre
Au fil des années, un phénomène discret s’installe dans les foyers américains : la tendance à conserver ses appareils électroniques bien au-delà de leur cycle initial. D’après une récente enquête de Reviews.org, la durée moyenne de possession d’un smartphone dépasse aujourd’hui les 29 mois, contre 22 mois en 2016. Pour nombre de consommateurs, comme Heather Mitchell en Arizona, cette fidélité aux appareils anciens est autant une question de moyens que d’attachement : « Mon Galaxy A71 a six ans : il tient bon malgré quelques faiblesses… mais en acheter un neuf relève du luxe. »
En France, la durée d’usage moyenne en 2021 d’un smartphone était évaluée selon l’Arcep entre 23 et 37 mois, voire jusqu’à 40 mois dans certains cas. Les Français conservent en moyenne leurs smartphones plus longtemps qu’avant — la durée d’usage semble s’allonger, ce qui rejoint la tendance observée aux États-Unis. Selon l’enquête 2024 de INSEE, parmi les Français de 15 ans ou plus possédant un smartphone, 40 % ont un appareil acheté ou reçu neuf il y a 2 ans ou moins, tandis que 38 % ont un appareil acheté neuf il y a plus de 2 ans.
L’impact économique méconnu d’une technologie vieillissante
Si garder son téléphone ou son imprimante usée semble économiquement raisonnable au quotidien, les conséquences à grande échelle sont tout autres. D’après une analyse récente de la Federal Reserve, chaque année supplémentaire sans renouvellement des équipements entraîne une perte de productivité d’environ un tiers de pour cent pour les entreprises. Ce ralentissement, multiplié par des milliers d’organisations, pèse lourdement sur la compétitivité nationale. L’écart observé entre les économies américaine et européenne tiendrait ainsi à hauteur de 55 % à ces choix d’investissement technologique.
En entreprise comme chez les particuliers, la liste des effets se prolonge :
- performances ralenties ;
- accès limité aux mises à jour logicielles ;
- réseaux informatiques forcés à supporter l’ancien comme le nouveau.
Réparer plutôt que jeter : un modèle encore balbutiant
Certains acteurs, à l’image de Steven Athwal, patron du britannique The Big Phone Store, voient dans la longévité accrue des appareils une opportunité pour l’économie circulaire. Pourtant, le secteur du reconditionné reste encore largement sous-exploité faute de soutien institutionnel et industriel. « Soutenir la réparation et prolonger la durée de vie utile grâce à un meilleur accès aux pièces détachées pourrait transformer le marché tout en réduisant le gaspillage. »
Cette vision n’est cependant pas toujours partagée par les fabricants, prompts à inciter au renouvellement rapide via des lancements spectaculaires ou l’intégration d’innovations majeures telles que l’intelligence artificielle. Selon Najiba Benabess, doyenne à Neumann University, cette course au neuf cache parfois un « dynamisme économique érodé et une innovation freinée par l’obsolescence des outils professionnels. »
L’avenir incertain du renouvellement technologique
Du côté des entreprises, cette inertie face au changement technologique se paie en heures perdues et en capacité d’innovation sacrifiée. Une étude menée par Diversified montre que près d’un quart des employés travaillent régulièrement après les horaires en raison de dispositifs dépassés. Paradoxalement, attachement et crainte de la nouveauté freinent encore le passage à plus moderne.
Entre contraintes budgétaires, transition écologique timide et obsolescence programmée savamment orchestrée, l’Amérique hésite toujours entre réparer ou remplacer. Mais face au coût caché du temps perdu et d’une productivité ralentie, la question demeure : jusqu’où pouvons-nous retarder la mise à niveau technologique sans sacrifier notre compétitivité collective ?
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