Les opérateurs : enrichissement des tuyaux par des contenus originaux
L’Idate, centre européen d’analyses et d’études sur les nouvelles technologies de l’information, a publié la semaine dernière la 8e édition de son rapport annuel sur les enjeux du monde numérique, «Digiworld». Son directeur-général, Yves Gassot, analyse pour Libération les mutations de ce secteur dont l’ensemble des marchés ont représenté 2 750 milliards d’euros dans le monde en 2007, soit un peu plus de 7 % de la richesse (PIB) produite sur terre.
Déjà leader dans la téléphonie et Internet, France Télécom, avec Orange, débarque dans le paysage médiatique en entrant dans la télévision payante. Est-ce la naissance d’un nouveau géant des contenus ?
Il faut se méfier des superlatifs. Quand vous regardez ces investissements, ils restent modestes au regard de la taille de la société : 100 à 200 millions d’euros sur 53 milliards de chiffre d’affaires ! Ils le sont aussi du point de vue de l’offre puisque le bouquet qui sera lancé le 3 juillet n’a rien de comparable avec ce que propose Canal + en termes de sports ou de cinéma. Mais cet enrichissement des tuyaux par des contenus originaux est un nouveau positionnement susceptible d’être adopté par d’autres opérateurs en quête de relais de croissance.
Pourquoi veulent-ils ajouter la musique et la télévision à leurs offres d’accès ?
Le marché des télécoms en Europe, très mature, croît à une vitesse assez faible de 2 % par an. Avec 3 milliards de mobiles en circulation dans le monde, on est loin des croissances à deux chiffres du début des années 2000. Les «Telco» [les grands opérateurs des télécoms, ndlr] restent les plus puissants du monde digital [qui regroupe tous les acteurs du secteur numérique, du fabriquant d’ordinateur au producteur de contenu] mais doivent explorer de nouveaux horizons.
Quelles sont les alternatives de croissance de ces acteurs ?
Se reporter sur les marchés émergents. Vodafone, le premier opérateur mobile du monde, l’a fait en Inde où le marché croît de 7 millions d’abonnés chaque mois. Ou grossir en fusionnant au niveau paneuropéen, tel l’espagnol Telefonica avec le hollandais KPN. Il faut pouvoir justifier financièrement les synergies, même si, dans ce domaine, l’Amérique montre la voie. Là-bas, il n’y a plus que trois ou quatre gros opérateurs fixes et mobiles contre une centaine en Europe. Restent deux grands modèles, l’un plus technique, l’autre tourné vers les contenus. Source et suite ici