Lenovo voit dans la pénurie IA le signe d’un marché en surchauffe

Lenovo domine puce et serveur
Image d'illustration. La ruée IA déborde sur PC et serveurs. — ADN

Pour Lenovo, les tensions d’approvisionnement dans l’IA confirment surtout l’ampleur de la demande. Avec un effet direct sur les PC, smartphones et serveurs.

En bref

  • La pénurie IA reflète une demande très forte
  • Les serveurs accélèrent, PC et smartphones souffrent
  • Lenovo mise sur une IA plus locale

L’IA ne tire plus seulement un segment du marché, elle recompose toute la chaîne. Chez Lenovo, le diagnostic est limpide : si les composants manquent et si les prix montent, ce n’est pas un accident isolé, c’est le signe d’une adoption qui va plus vite que les capacités industrielles disponibles.

Ryan McCurdy, président de Lenovo en Amérique du Nord, résume la situation ainsi : « L’adoption de l’IA augmente », mais les intrants de cette décennie de l’IA ne suivent pas le rythme. Résultat, des coûts plus élevés sur les composants, des tensions d’approvisionnement et des retards produits qui touchent tout l’écosystème.

L’IA capte tout, et le reste du hardware encaisse

C’est là que le tableau devient intéressant pour le marché mobile et PC. Côté datacenter, Lenovo dit ne voir aucun ralentissement. Les revenus serveurs liés à l’IA ont triplé sur un an, le pipeline serveurs a été multiplié par trois d’un trimestre à l’autre, et la base clients s’élargit.

Mais la pression se reporte ailleurs. Selon Ryan McCurdy, le resserrement a un impact plus fort sur les consommateurs qui achètent des smartphones et des PC, pendant que les budgets individuels comme entreprise se déplacent vers les charges IA et la modernisation. Il s’attend même à une contraction relative de ces marchés. Pas de quoi paniquer, mais le message est clair : l’IA prend la priorité budgétaire.

Pourquoi Lenovo encaisse mieux la secousse

Lenovo met en avant un point très opérationnel, et franchement c’est celui qui compte quand la chaîne se tend : l’exécution. Le groupe est passé de la 15e place du classement Gartner en 2020 à la 9e après la pandémie, puis à la 5e aujourd’hui.

Cette progression, selon Ryan McCurdy, a aidé l’entreprise à anticiper les contraintes et à sécuriser les composants critiques avant le coup de chaud actuel. Lenovo insiste aussi sur son échelle mondiale, avec une présence dans 180 pays et 30 sites répartis dans 11 pays, au plus près des clients. Dans une phase où la pénurie peut durer jusqu’en 2028, cet avantage logistique peut faire la différence, même si des hausses de prix et des délais restent possibles sur l’ensemble de la gamme.

Le prochain terrain de jeu, du cloud au terminal

Le pari de Lenovo ne s’arrête pas aux serveurs. Le groupe compte sur sa présence dans les smartphones, les PC, l’infrastructure et les services, et souligne avoir enregistré le gain de part de marché le plus élevé aux États-Unis sur les AI PC.

Et la suite se joue aussi dans les coûts. À mesure que les dépenses en tokens et abonnements s’accumulent, Ryan McCurdy voit davantage d’entreprises basculer vers des clouds privés d’IA. Pour lui, le on-prem finira de plus en plus par désigner aussi un PC capable d’exécuter localement bien plus de traitements IA.

Son scénario tient en une phrase : « Nous sommes seulement au début d’une adoption sur 10 ans ». En gros, moins de dépendance exclusive au cloud, plus de mix hybride entre serveurs d’entreprise sur site et IA embarquée sur les appareils. Pour tout l’écosystème mobile et infra, c’est un signal fort.

Christophe Romei

Spécialiste Tech

Expert sur l'industrie du mobile depuis 2005

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