Publié le 14 février 2024, modifié le 14 février 2024.
Par Christophe Romei

L’écoconception web mobile : un pas vers un internet plus léger et éco-responsable!

Publié le 14 février 2024, modifié le 14 février 2024.
Par Christophe Romei

Cet article qui résume un rapport de Greenspector explore les impacts environnementaux des différents éléments d'une page web. À travers une méthodologie rigoureuse de mesure, il révèle l'importance de la compréhension du "poids" numérique de chaque composant pour une écoconception web efficace, tout en remettant en question certains modèles mentaux sur les impacts environnementaux du numérique.

Il était une fois, dans le royaume de l’écoconception web, c’est une initiative pionnière menée par Greenspector et  l’INRIA  pour comprendre les recoins obscurs des impacts environnementaux du web mobile. Avec une rigueur scientifique, ils ont déshabillé une page web pour ne laisser qu’un fond noir, ajoutant un à un les éléments à examiner. Imaginez un chirurgien du numérique opérant avec précision, où chaque élément, du texte à la vidéo HD, est scruté sous le microscope de Greenspector pour révéler son empreinte écologique. Un travail de fourmi, certes, mais pour une noble cause : alléger notre consommation numérique.

L’étude n’a pas examiné la façon dont les éléments interactifs (comme les cartes interactives, les fichiers audio ou vidéo) sont utilisés (c’est-à-dire, si les visiteurs les lisent ou interagissent avec eux), mais s’est uniquement concentrée sur leur processus de chargement et de présentation. L’intérêt principal réside dans l’évaluation de la charge que ces éléments imposent à une page web, affectant ainsi tous les visiteurs, qu’ils interagissent ou non avec ces fonctionnalités. Cependant, il est noté que l’usage actif de ces composants augmenterait significativement leur impact en termes de volume de données échangées, de requêtes réseau, ainsi que de consommation de CPU et d’énergie de la batterie. Les mesures ont été effectuées sur Samsung Galaxy S9, en WIFI. Dommage de ne pas prendre un modèle plus récent et utilisé en masse dans les usages en France, par exemple l’iPhone : 8 des 10 téléphones les plus vendus en 2022 étaient des iPhones, l’iPhone 13 étant en tête.

Différentes hypothèses ont été prises pour la projection environnementale

  • 100 % des utilisateurs et serveurs localisés en France
  • Répartition des terminaux utilisateurs : 50% sur smartphone, 3 % sur tablette, 47 % sur PC

Les éléments d’une page en fonction de leurs poids

    1. Vidéo Haute Définition
    2.  Vidéo Basse Définition
    3. Podcast audio
    4. Image Brute
    5. Carte OpenStreetMap
    6. Un fil de réseau social
    7. Image allégée
    8. Texte seul

Un classement révélateur

L’impact du social et du dynamique : Contrairement à ce qu’on pourrait penser, un simple fil Facebook peut s’avérer plus gourmand qu’une carte OpenStreetMap. La faute à ces petites bêtes numériques que sont les données et les requêtes cachées, qui continuent de consommer même quand on pense qu’elles se reposent.

Des surprises énergétiques : Si vous pensiez que le texte était innocent dans cette affaire, détrompez-vous. Sur un écran AMOLED, le noir c’est bien, mais le blanc, ça coûte cher en énergie ! Et que dire de l’animation CSS, reine incontestée de la consommation énergétique, nous rappelant que tout ce qui brille (ou bouge) sur votre écran a un prix.  La page qui inclut le fil d’actualité Facebook a l’impact énergétique le plus élevé. Il est compréhensible que faire défiler la page et la charger consomment de l’énergie (puisque ces actions entraînent au moins un changement dans ce qui est affiché), mais il est plus surprenant de constater cet impact lors des périodes d’inactivité. Normalement, quand l’utilisateur ne fait rien, l’affichage ne devrait pas changer. Il est donc nécessaire d’examiner si des requêtes inutiles sont générées pendant ces temps d’arrêt.

Quand l’énergie nous parle

Alors que les données transférées nous donnaient une première idée de l’impact, c’est en mesurant l’énergie consommée que les vraies leçons se révèlent. L’intégration de contenus tiers, comme notre fameux fil Facebook, ou encore les animations incessantes, nous montrent que l’impact va bien au-delà de la simple présence d’un élément sur une page.

La page avec un fichier audio consomme moins d’énergie que celles avec des images, ce qui est surprenant par rapport à la quantité de données transférées. Le texte utilise plus d’énergie que le fichier audio ou les images, même si aucun de ces contenus ne change l’affichage après avoir été chargé et simplement vu. Cependant, sur un écran AMOLED (comme celui du S9 utilisé dans cet exemple), afficher du texte (surtout du texte blanc sur fond noir) consomme plus d’énergie que les images ou le fichier audio. Cela est dû au fait que, sur ces écrans, un pixel noir consomme moins d’énergie qu’un pixel blanc, ce qui explique l’avantage des modes sombres pour économiser l’énergie. Cet exemple montre bien comment la consommation d’énergie d’une page peut varier en fonction du contenu et du type d’écran.

Nouveaux horizons

Au final, cet article nous invite à repenser notre approche de l’écoconception web. Au-delà d’un simple classement de ce qui pèse le plus dans nos pages, il souligne l’importance de considérer l’impact énergétique de nos choix numériques. L’intégration d’animations ou de contenus dynamiques n’est pas anodine et pourrait bien annuler tous nos efforts de sobriété numérique.

Classement qui s’appuie directement sur la projection en termes d’émissions de gaz à effet de serre sur l’ensemble des étapes de mesure

  1. Texte
  2. Tableau
  3. Image allégée
  4. Carte interactive
  5. Image brute
  6. Fichier audio
  7. GIF animé
  8. Vidéo basse définition
  9. Vidéo haute définition
  10. Animation
  11. Intégration d’un contenu de réseau social


Si l’intention de réduire l’empreinte écologique de nos navigations web est louable, cet article met en lumière la complexité et les surprises qui peuvent émerger de nos choix numériques. Le vrai défi réside dans la balance entre fonctionnalité et sobriété, un équilibre précaire mais nécessaire. En tant que fervent défenseur d’un internet plus vert, je ne peux qu’espérer que ces découvertes encouragent une prise de conscience et une action concrète vers un web plus responsable. La route est longue, mais chaque pas compte.

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