Le maire de New York, Mamdani veut freiner l’IA avant le fait accompli

Mamdani survole école et immeubles à New York
Image d'illustration. Écoles et logement entrent dans le débat sur l’IA. — ADN

À New York, Zohran Mamdani appelle à reprendre la main sur l’IA. Écoles, immobilier, régulation fédérale, le signal dépasse largement la ville.

En bref

  • Zohran Mamdani attaque l’inaction fédérale sur l’IA
  • New York serre la vis dans les écoles
  • Immobilier et responsabilité deviennent des fronts clés

À New York, le vrai sujet n’est plus seulement l’IA. C’est le trou béant laissé par l’État fédéral. Lundi soir, à Webster Hall à Manhattan, le maire Zohran Mamdani a défendu une ligne simple, mais lourde de conséquences pour l’écosystème tech, les villes et les plateformes, l’adoption rapide de l’IA n’a rien d’inévitable, et les pouvoirs publics doivent imposer de la responsabilité.

Le vide fédéral pousse la ville à monter en première ligne

Pendant l’événement The People’s AI Assembly, organisé par l’AI Now Institute, Mamdani a accusé le pouvoir fédéral d’avoir pratiquement déserté le terrain. Il a aussi critiqué la manière dont le débat national réduit l’IA à une compétition stratégique avec la Chine, au prix des questions humaines et sociales.

Le contexte compte. La Superintelligence Task Force annoncée ce mois-ci par le président Donald Trump mise surtout sur l’auto-régulation des grands acteurs de l’IA, pas sur de nouvelles restrictions fédérales. Pour un maire, c’est un boulevard politique, mais aussi un risque, parce que les villes se retrouvent à bricoler leur propre cadre pendant que les modèles, eux, avancent vite.

Écoles et immobilier, deux terrains très concrets

Ce refus du fait accompli, Mamdani l’a déjà traduit en décisions locales. Le mois dernier, il a ordonné l’interdiction de l’IA dans les écoles élémentaires et les collèges. Sur scène, l’actrice et militante Ilana Glazer, aussi connue pour Broad City, a dit comme parent que cette arrivée de l’IA en classe la mettait mal à l’aise. Elle a résumé son sentiment ainsi, « Cela me rend nerveuse. C’est très peu consenti, comme si cela devait forcément être à l’école. Ce n’était pas le cas il y a deux ans. Pourquoi faudrait-il que ce soit à l’école ? »

L’autre chantier est plus inattendu, mais très parlant. Cet été, le maire a présenté une règle qui obligerait propriétaires, courtiers et plateformes immobilières à signaler clairement lorsqu’une photo ou une vidéo d’annonce a été produite avec l’IA. L’objectif, protéger les New-Yorkais contre des annonces trompeuses, ce que la ville résume par le risque d’être piégé par un faux bien.

Derrière la critique, une bataille sur la responsabilité

Mamdani a insisté sur ce point, « Rien n’a à être comme ça ». Pour lui, il existe une stratégie d’envahissement progressif qui pousse le public à croire qu’il n’a plus le choix. Bon, l’argument n’est pas neuf, mais il tape juste parce qu’il vise un réflexe désormais classique de la tech, présenter l’outil comme incontestable.

Il a aussi dénoncé une adoption qu’il juge imprudente, en citant la frappe menée en février par l’armée américaine contre une école en Iran, qui a tué plus de 150 personnes, dont au moins 123 enfants. D’après des responsables impliqués dans l’enquête interne du Pentagone, relayée par Bloomberg, une dépendance excessive à l’IA dans le ciblage a compté parmi les facteurs de l’attaque.

Pourquoi ce discours compte au-delà de Manhattan

Le maire ne s’en prend pas seulement à la technique. Il vise aussi l’économie politique du secteur, estimant que certains acteurs cherchent à échapper à toute forme d’accountability sans compromettre leur valorisation avant une entrée en Bourse. Le calendrier rend la charge très concrète, Anthropic est attendu en Bourse cette année, et OpenAI a indiqué viser 2027.

Et ce débat dépasse largement la mairie. Des lanceurs d’alerte chez Anthropic, Google DeepMind et OpenAI ont déjà averti que l’IA pouvait aller jusqu’à menacer l’humanité. Dans ce paysage, la séquence new-yorkaise envoie un message clair, si Washington laisse filer, les villes tenteront de reprendre la main.

Christophe Romei

Spécialiste Tech

Expert sur l'industrie du mobile depuis 2005

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