L’arrivée de Vodafone Group en Turquie !
L’arrivée de Vodafone Group en Turquie pourrait provoquer un séisme dans un marché sous-développé de téléphonie mobile où l’expansion a été freinée à des taxes élevées.Le deuxième opérateur mobile en termes de chiffre d’affaires s’est adjugé mardi le numéro deux turc, Telsim, pour 4,55 milliards de dollars à l’issue d’enchères très disputées, le britannique l’emportant sur des rivaux moyen-orientaux aux caisses bien remplies.La Turquie représente une rare opportunité de croissance pour Vodafone en Europe où la plupart des clients potentiels ont déjà leur téléphone portable.Alors qu’une bonne partie de l’Europe de l’Ouest a déjà des taux de pénétration proches de 100% dans la téléphonie mobile, seuls 53% des 72 millions de Turcs possèdent un portable, ce qui donne accès à Vodafone à un vaste marché en croissance aux frontières de l’Europe.Les atouts de la Turquie – économie en croissance, population jeune, proximité de l’Europe – ont attiré Vodafone mais la suite risque de ne pas être aisée.Les analystes soulignent que Vodafone pourrait peiner à augmenter le taux de pénétration de marché de Telsim, en grande partie parce que l’utilisation de téléphones mobiles est beaucoup plus taxée que dans le reste de l’Europe – à 60% contre 20% en moyenne ailleurs.Muzaffer Akpinar, directeur général de Turkcell, numéro un turc, a récemment souligné que le niveau élevé des taxes freinait le marché malgré l’amélioration de l’économie. Akpinar attend en conséquence un ralentissement de la croissance de la pénétration du marché des mobiles en 2006.
Les opérateurs vont être donc obligés de se cannibaliser et Vodafone risque de déstabiliser l’équilibre des forces qui prévalait jusque-là. Le britannique pourrait ravir à Turkcell une partie de ses abonnés ayant opté pour un forfait, notent les analystes."Il semble que Vodafone recrutera ses nouveaux clients en piquant à d’autres opérateurs les abonnés sous forfaits qui génèrent des Arpu – revenu moyen par abonné – trois à quatre fois supérieurs", constate Basak Engin Dinckoc, analyste télécoms chez Oyak Securities.Le partenariat russo-scandinavo-turc Turkcell est le premier opérateur mobile en Turquie avec une part de marché de 65% et 27 millions de clients.Telsim, qui compte 9,76 millions d’abonnés, est numéro deux. Le troisième, Avea, appartient à Telecom Italia Mobile, Isbank et l’opérateur fixe Turk Telekom, vendu en juillet à un consortium dominé par le saoudien Oger Telecom.L’Arpu de Turkcell était de 15,2 dollars au troisième trimestre. La banque d’affaires Credit Suisse First Boston prévoit un Arpu de 9,5 dollars pour 2005 comparé aux Arpu de Vodafone au premier semestre de 25,7 euros (30,9 dollars) en Allemagne, de 30,1 euros (36,2 dollars) en Italie et de 24 livres (42,6 dollars) en Grande-Bretagne.Vodafone, qui revendique 171 millions d’abonnés dans 27 pays, pourrait profiter de sa taille et de son avantage technologique pour prendre le pas sur ses concurrents turcs.Dinckoc d’Oyak Securities estime qu’il pourrait ravir des clients à ses concurrents en proposant des combinés à très bas prix, voire gratuits, pour ses nouveaux abonnés. Ce système, habituel en Europe, n’existe pas en Turquie.Le groupe pourrait également introduire son service multimédias Vodafone Live! en Turquie. De même le service Vodafone Passport, qui permet de passer des appels moins chers à l’étranger, pourrait intéresser les immigrés turcs.Comparé à ses voisins européens, la Turquie a mis du temps pour adopter de nouveaux services de données et de voix en partie en raison de taxes élevées mais aussi en conséquence d’un sous-investissement.Vodafone s’est engagé à investir un milliard de dollars dans Telsim à court terme et devrait injecter 1,5 milliard de dollars dans son réseau radio ainsi que dans d’autres domaines comme les plates-formes de facturation, les centres d’appels et les centres de données dans les deux ou trois prochaines années."Telsim représente l’une des dernières perspectives de croissance importante pour Vodafone aux portes de l’Europe (…). Le rachat réduit également un peu la pression sur Vodafone pour poursuivre la croissance de ses actifs européens", écrit CSFB dans une note de recherche.Source today.reuters.fr