Les géants tech prévoient environ 681 milliards d’euros de capex cette année. La demande IA tient, mais le marché regarde désormais le cash, la dette et les retours.
En bref
- Les capex IA dépassent 681 milliards d’euros
- Le marché sanctionne le cash qui se dégrade
- La dette redevient un signal clé
Environ 681 milliards d’euros (740 milliards de dollars). C’est le niveau de capex que Alphabet, Amazon, Meta et Microsoft comptent engager cette année, essentiellement lu par Wall Street comme de la dépense pour l’infrastructure IA, donc les data centers et les puces.
Un mur de capex qui change la lecture du marché
Pendant la première phase du boom IA, ces montants impressionnaient plutôt positivement. Ils validaient une thèse de croissance. Là, le regard a changé. Ce que le marché voit désormais, c’est le risque d’un free cash flow négatif, d’un endettement qui monte et d’un retour sur investissement encore flou.
Vendredi, la nervosité a débordé partout. Le Nasdaq a perdu 2,9%. Nvidia a reculé de 4%, Broadcom de plus de 5%, et Qualcomm de 11%. Alphabet, déjà sanctionné la veille, a encore baissé après avoir effacé environ 460 milliards d’euros (500 milliards de dollars) de capitalisation lors de sa pire séance historique.
Alphabet, Amazon et Meta sous pression sur le cash
Le cas le plus net, c’est Alphabet. Le groupe a publié un free cash flow négatif d’environ 8 milliards d’euros (9,1 milliards de dollars) au troisième trimestre, son deuxième trimestre de suite dans le rouge, alors que ses capex trimestriels ont atteint environ 47 milliards d’euros (51,4 milliards de dollars). Et la facture doit encore grimper, jusqu’à environ 189 milliards d’euros (205 milliards de dollars) cette année, avec une hausse attendue en 2027.
Le contraste est rude. Le succès d’AI Mode, l’agent conversationnel intégré à Search, commence à rogner la mécanique du moteur historique. La croissance de la pub liée à Google Search, qui représente environ la moitié du chiffre d’affaires, est tombée à 12%, son rythme le plus faible en cinq trimestres.
Chez Amazon, même logique. Le groupe affiche sur douze mois un free cash flow négatif d’environ 39 milliards d’euros (42,4 milliards de dollars), contre un free cash flow positif d’environ 14 milliards d’euros (14,8 milliards de dollars) un an plus tôt. Il prévoit près de 202 milliards d’euros (220 milliards de dollars) de capex cette année. Et ce malgré une croissance de 39% pour AWS. Le titre a quand même chuté de 7%.
Microsoft fait figure d’exception, sans rassurer tout le monde
Meta brûle aussi du cash, avec un free cash flow négatif d’environ 2 milliards d’euros (2,1 milliards de dollars) au troisième trimestre, tandis que les capex pourraient monter jusqu’à 133 milliards d’euros (145 milliards de dollars) cette année. Mark Zuckerberg a reconnu que Muse, son nouvel agent IA gratuit, était « très gourmand en calcul ». Même avec une croissance publicitaire de 26%, le titre a perdu 10% sur la semaine.
Microsoft, lui, reste l’exception. Son dernier trimestre montre un free cash flow positif d’environ 17 milliards d’euros (18,6 milliards de dollars), pour des capex d’environ 42 milliards d’euros (45,2 milliards de dollars), sous sa prévision de 46 milliards d’euros (50 milliards de dollars). Pas un retrait stratégique, dit le groupe, mais des retards de capacité chez des prestataires tiers. Du coup, les petites sociétés qui louent de la puissance de calcul IA ont décroché en Bourse.
La dette revient au centre, avec déjà un effet sur Anthropic
Le point clé, c’est que cette vague d’infrastructure n’est plus financée seulement par les profits. Selon S&P Global Market Intelligence, Microsoft, Alphabet, Amazon, Meta et Oracle ont levé ensemble environ 300 milliards d’euros (326 milliards de dollars) de dette en 2026, soit trois fois plus que l’an dernier.
La demande de compute IA, elle, reste forte, et Google, Amazon comme Microsoft ont tous vu leur activité cloud progresser. Mais le marché regarde maintenant le coût de cette demande. Et cela complique déjà la suite pour Anthropic, qui a déposé son dossier d’introduction en Bourse cette semaine. D’après le Financial Times, Blackstone a prévenu des investisseurs que l’entreprise pourrait ne pas obtenir une note investment grade après son IPO. Bref, sa croissance pourrait dépendre encore davantage des hyperscalers et de tiers pour financer son ambition infrastructurelle.