Portée par une IPO géante, Jio a bondi de 21% pour sa première séance. Derrière l’euphorie, c’est toute la tech indienne cotée qui change d’échelle.
En bref
- Jio bondit de 21% en Bourse
- IPO record, sursouscrite 22,19 fois
- La valorisation grimpe à 122 milliards d’euros
L’info qui frappe, ce n’est pas seulement le +21% du premier jour. C’est la file d’attente, gigantesque. L’IPO de Jio Platforms a attiré plus de 77 milliards de dollars, soit environ 71 milliards d’euros, de demandes pour 3,2 milliards de dollars levés, environ 3 milliards d’euros. En Inde, on parle de l’offre la plus souscrite jamais vue, avec 13,8 millions de candidats et une demande 22,19 fois supérieure au nombre d’actions proposées.
Une IPO monstre qui dépasse le simple effet d’annonce
À l’ouverture mercredi, l’action Jio a démarré à 1 358 roupies, contre un prix d’introduction fixé à 1 119 roupies. Résultat, une hausse de 21% dès les premiers échanges. La société est ainsi valorisée autour de 12 500 milliards de roupies, soit environ 122 milliards d’euros, ce qui la place juste derrière sa maison mère Reliance Industries, elle-même autour de 16 000 milliards de roupies, soit près de 156 milliards d’euros.
Ce niveau raconte quelque chose de simple. Le marché ne valorise plus seulement un opérateur télécom, il valorise une plateforme numérique capable d’agréger connectivité, services et usages à très grande échelle.
De la guerre des prix télécom à une machine numérique plus large
Quand Jio débarque en 2016, le marché indien des télécoms est déjà encombré. La recette est brutale, données gratuites puis offres à bas prix. Et ça marche. L’entreprise grignote vite des parts à Bharti Airtel, Vodafone Idea et BSNL. Aujourd’hui, elle est devenue le premier opérateur télécom du pays.
Akash Ambani, directeur général de Jio Platforms, a rappelé lors de la cérémonie d’introduction que ses plateformes servent plus de 540 millions de clients. Les tarifs sont désormais globalement alignés sur ceux des rivaux, mais le groupe a élargi son terrain de jeu vers le haut débit fixe, le cloud et l’IA. Clairement, c’est cette extension qui nourrit la promesse boursière.
Valorisation, profits, dette, succession, ce que regarde vraiment le marché
Les chiffres, eux, tiennent la route. Sur l’exercice clos en mars 2026, Jio a dégagé 300,5 milliards de roupies de bénéfice, soit environ 3 milliards d’euros, pour 1 470 milliards de roupies de chiffre d’affaires, autour de 14 milliards d’euros. Les deux progressent d’environ 15% sur un an. Au trimestre de juin, le revenu monte de presque 12% et le profit de 9%.
Une partie des fonds levés, jusqu’à 275 milliards de roupies, environ 3 milliards d’euros, servira à rembourser la dette de la filiale télécom Reliance Jio Infocomm. Le reste ira aux besoins généraux du groupe. Fin juin, l’endettement total atteignait 613,7 milliards de roupies, soit à peu près 6 milliards d’euros.
Et puis il y a la question du pilotage. Akash Ambani, fils aîné de Mukesh Ambani, prend plus de place à mesure que le fondateur transmet. Son ambition est limpide. Il veut qu’un jour, parmi les grandes entreprises technologiques mondiales, l’une vienne d’Inde et s’appelle Jio Platforms Limited. Bon, le marché lui donne déjà un début de crédit.
Dernier point, pas anodin. Les actionnaires entrés en 2020, dont Meta, Google, General Atlantic, Silver Lake et Vista Equity Partners, n’ont vendu aucun titre. L’opération reposait uniquement sur de nouvelles actions. Pour un marché, c’est un signal assez propre.