IA, lait, machine à laver : pourquoi Microsoft pousse Londres à agir

Carte du Royaume-Uni sur laptop et lait
Image d'illustration. Microsoft presse Londres sur l’IA. — ADN

Pour Brad Smith, l’IA est moins encadrée qu’une brique de lait. Un constat qui ouvre, selon Microsoft, une vraie carte à jouer pour le Royaume-Uni.

En bref

  • Brad Smith juge l’IA trop peu régulée
  • Londres pourrait prendre la main
  • Trump préfère l’autorégulation du secteur

L’idée est simple, et elle pèse lourd pour l’écosystème. Pendant que les États-Unis tardent à encadrer l’IA, Brad Smith, président de Microsoft, estime que le Royaume-Uni a une vraie ouverture pour prendre la tête sur ce terrain. Pour les acteurs du numérique, ce n’est pas un détail. Le pays qui écrit les règles finit souvent par peser sur tout le marché.

Londres voit une fenêtre que Washington laisse ouverte

Selon Brad Smith, l’inaction américaine crée un espace rare. À Washington, explique-t-il, le regard porté sur le Royaume-Uni n’est pas le même que celui réservé à Bruxelles, et c’est précisément un avantage. Son idée, c’est qu’un cadre venu de Londres pourrait être perçu comme moins frontal, donc potentiellement plus audible.

Il dit aussi espérer que Microsoft joue ce rôle, et que le Royaume-Uni le joue comme pays. Avec des modèles qu’il juge assez puissants pour faire courir un risque à la cybersécurité mondiale, il considère que le moment d’agir est arrivé. Pas dans six mois. Maintenant.

Chez Microsoft, la comparaison qui pique est assumée

C’est la phrase qui reste. Lors d’un entretien accordé à ITV, Brad Smith a expliqué qu’aujourd’hui une machine à laver est soumise à davantage de règles de sécurité que l’IA. Même chose, dit-il, pour chaque brique de lait vendue en magasin, contrôlée et inspectée alors que l’IA l’est beaucoup moins.

Bon, l’image est grossière, mais elle marche. Et elle vise juste sur un point, le décalage entre la puissance de ces systèmes et le niveau de régulation effectivement en place.

La Maison Blanche pousse la vitesse, pas la contrainte

Le contraste est net. De grands noms du secteur, comme Anthropic, OpenAI ou Google DeepMind, se sont prononcés en faveur d’un ralentissement du développement de l’IA. En face, Donald Trump défend la trajectoire inverse. Pour lui, l’industrie américaine doit accélérer si elle veut rester devant la Chine.

Et sur la méthode, la ligne est tout aussi claire. Le président américain préfère laisser les entreprises du secteur se réguler elles-mêmes plutôt que d’imposer un cadre public plus dur.

L’autorégulation voulue par les géants ne convainc pas tout le monde

Lors du sommet baptisé Super Intelligence, plusieurs dirigeants ont signé un pacte. On y retrouve Sundar Pichai, Dario Amodei, Mark Zuckerberg, Greg Brockman, Elon Musk et Jensen Huang. Le texte prévoit notamment de l’autorégulation, des garde-fous pour éviter que les modèles les plus avancés ne dérapent, ainsi que le recours à des auditeurs indépendants.

Mais cette approche passe mal chez certains critiques. L’un d’eux a estimé auprès de la BBC qu’elle laissait les entreprises définir elles-mêmes ce qui compte comme sécurité. Un autre a jugé que cet accord devait être ignoré, car il détourne l’attention. Bref, derrière la communication, la bataille sur les règles ne fait que commencer.

Christophe Romei

Spécialiste Tech

Expert sur l'industrie du mobile depuis 2005

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