Google teste l’IA en orbite, un pari très sérieux sur l’énergie

Logo Google enfermé dans une puce IA
Image d'illustration. Google mise l’espace pour l’IA sobre. — ADN

Google envoie ses premières puces IA dans l’espace avec SpaceX. Derrière l’effet science-fiction, l’enjeu est très concret, énergie et calcul.

En bref

  • Google envoie ses premières puces IA en orbite
  • Le but, tester survie, refroidissement et calcul spatial
  • Le vrai pari concerne l’énergie des futurs data centers

L’IA générative a un problème très terre à terre, l’électricité. C’est ce qui rend le projet Project Suncatcher de Google bien plus sérieux qu’il n’en a l’air. La semaine prochaine, le groupe doit envoyer ses premiers TPU en orbite, via une mission de SpaceX, pour voir si une partie de l’infrastructure IA pourrait, un jour, quitter la Terre.

Le vrai sujet, ce n’est pas l’espace, c’est l’électricité

Chez Google, la pression monte vite. L’entreprise dit traiter plus de 3,2 quadrillions de tokens IA par mois, soit sept fois plus qu’un an plus tôt. Et elle prévoit cette année entre environ 166 et 175 milliards d’euros (180 à 190 milliards de dollars) de dépenses d’investissement pour suivre cette demande.

Du coup, Project Suncatcher part d’une idée simple, rapprocher le calcul de la source d’énergie. Selon Google, un panneau solaire placé sur la bonne orbite peut produire jusqu’à huit fois plus que le même panneau au sol. Certaines orbites offriraient même un accès quasi continu au Soleil, avec beaucoup moins de dépendance aux batteries. Vu du cloud, ce n’est pas un gadget. C’est une hypothèse industrielle.

Un test modeste en apparence, crucial en pratique

Pas de data center volant pour autant. Le premier tir embarquera un prototype de satellite conçu avec Planet sur la mission Transporter-18 de SpaceX, en orbite basse. L’objectif est plus basique, mais décisif, vérifier que les mêmes puces utilisées par Google pour l’IA encaissent le lancement, les radiations et les écarts thermiques.

Les chiffres donnent le ton. Le satellite doit subir jusqu’à 10 g soutenus au décollage, et certains composants entre 50 et 100 g. Ensuite vient le rayonnement, sans la protection atmosphérique terrestre, avec le risque classique de corruption des données, ces fameux bits qui basculent.

Avant le vol, Google a exposé ses puces Trillium à des protons au UC Davis Crocker Nuclear Laboratory pendant des charges IA. L’entreprise affirme qu’elles ont tenu une dose ionisante totale supérieure à celle attendue sur une mission de cinq ans. Bref, le vrai test commence maintenant.

Le froid spatial ne règle pas le problème le plus chaud

On pourrait croire que l’espace simplifie le refroidissement. C’est l’inverse. Dans le vide, pas d’air pour évacuer la chaleur autour d’un TPU. Google doit donc transférer cette chaleur vers des radiateurs capables de la rejeter dans l’espace.

Le groupe travaille sur des caloducs, des radiateurs et des essais en chambres à vide thermique. Cette mission donnera un premier retour grandeur nature. Et ce n’est pas tout. Si demain des dizaines, voire des centaines de satellites doivent agir comme un seul ordinateur, ils devront échanger énormément de données via des liaisons optiques laser. Un autre test avec deux satellites est prévu pour 2027.

Pourquoi tout l’écosystème mobile et cloud devrait regarder ça

Le verrou n’est pas seulement technique. Il est aussi économique. Les calculs de Google estiment qu’il faudrait tomber sous environ 184 euros par kilogramme (200 dollars) pour que le lancement et l’exploitation d’un data center orbital rivalisent avec les coûts énergétiques d’une installation terrestre équivalente.

Le cap visé se situerait vers le milieu des années 2030, si les prix baissent assez. D’ici là, tout reste expérimental, fiabilité, réparations, communications avec la Terre, remplacement du matériel. Mais pour l’écosystème, le signal est net, la bataille de l’infrastructure IA ne se joue plus seulement dans les data centers. Elle commence aussi à lever les yeux.

Christophe Romei

Spécialiste Tech

Expert sur l'industrie du mobile depuis 2005

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