Google muscle son pari IA, mais le vrai match se joue sur la marge

Logo Google serrant une puce en dollar
Image d'illustration. L’IA doit désormais prouver sa marge. — ADN

Avec 119,8 milliards de dollars de revenus trimestriels, Alphabet lie désormais l’IA à tout son moteur économique. Reste une question, très concrète : combien ça rapporte vraiment ?

En bref

  • Google lie l’IA à tout son business
  • Gemini et AI Mode grossissent très vite
  • La rentabilité reste moins claire que l’adoption

Le plus intéressant chez Google, ce n’est peut-être même plus la course au chatbot. C’est le moment où l’IA cesse d’être une vitrine pour devenir une pièce centrale d’une machine à revenus qui pèse déjà très lourd. Et là, les investisseurs regardent moins les démos que la facture.

Des usages géants, mais des comparaisons à manier avec soin

Google avance des volumes qui forcent le respect. Gemini revendique 950 millions d’utilisateurs actifs mensuels, tandis que AI Mode dépasse le milliard. Sur le terrain de la distribution, peu d’acteurs peuvent suivre ce rythme.

Mais il faut garder la tête froide. Additionner ces audiences n’aurait pas beaucoup de sens, puisqu’une partie des usages se recoupe forcément. Et comparer ces chiffres mensuels avec les utilisateurs hebdomadaires de ChatGPT, ce n’est pas mesurer le même niveau d’engagement. Bon, la dynamique est réelle, mais l’équivalence n’est pas démontrée.

Les vieux métiers de Google avancent aussi avec l’IA

Le trimestre raconte autre chose, et c’est sans doute le point le plus important pour l’écosystème. Alphabet annonce environ 102 milliards d’euros (119,8 milliards de dollars) de revenus au deuxième trimestre 2026, soit une hausse de 24 %.

Dans le détail, Google Cloud grimpe de 82 % à environ 21 milliards d’euros (24,8 milliards de dollars). La branche Search et autres progresse, elle, de 17 %. Clairement, l’IA ne sert pas seulement à faire monter Gemini en puissance, elle soutient aussi les métiers historiques. Le point faible, c’est qu’on ne peut pas isoler précisément sa part dans cette croissance.

Le vrai sujet, c’est la mécanique industrielle derrière les promesses

Aux États-Unis, deux lectures se croisent. Business Insider met l’accent sur l’accélération de Gemini et du Cloud. Le Wall Street Journal, lui, insiste sur les dépenses d’infrastructure qui inquiètent malgré les bons chiffres.

C’est là que le dossier devient concret. Une réponse générée par l’IA peut nourrir la Recherche, renforcer les outils publicitaires, pousser un abonnement ou alimenter une offre professionnelle. Le même socle technique peut donc être monétisé à plusieurs endroits. Pour Alphabet, cet éventail ouvre pas mal de chemins vers la rentabilité, davantage en tout cas qu’un acteur surtout dépendant de ses modèles.

Le chiffre des 500 milliards raconte surtout une bataille de perception

Le groupe a aussi mis en avant un revenu annualisé de 500 milliards de dollars, soit environ 425 milliards d’euros. Sauf que ce total demande une lecture rigoureuse. En multipliant le trimestre publié par quatre, on obtient environ 407 milliards d’euros (479 milliards de dollars), donc un rythme théorique annualisé, pas un chiffre d’affaires annuel constaté.

Même prudence pour les écarts affichés avec OpenAI ou Anthropic. Sans données comparables, le ratio avancé reste fragile. Pour les entreprises clientes, l’enjeu dépasse largement le choix d’un assistant. Il touche à la donnée, aux coûts d’intégration et à la dépendance envers un fournisseur qui couvre toute la chaîne. Résultat ? L’audience prouve l’adoption. Pas encore la rentabilité fine de chaque service.

Christophe Romei

Spécialiste Tech

Expert sur l'industrie du mobile depuis 2005

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