Google mise sur Kairos, Samsung muscle le pari nucléaire pour l’IA

Logo Google et réacteur sur déchirure
Image d'illustration. Samsung finance Kairos pour Google. — ADN

Kairos obtient jusqu’à environ 90 millions d’euros de Samsung pour son réacteur de 50 MW destiné à Google. Un appui clé pour tenir l’échéance 2030.

En bref

  • Samsung C&T soutient Kairos Power jusqu’en 2030
  • Environ 90 millions d’euros en jeu
  • Google attend ses premiers 50 MW

Dans le nucléaire, on peut lever des fonds, afficher une belle roadmap, promettre des mégawatts. Si le chantier dérape, tout dérape. C’est là que l’arrivée de Samsung C&T aux côtés de Kairos Power change vraiment la lecture du dossier.

Samsung apporte plus qu’un chèque

Kairos Power a choisi Samsung C&T pour l’aider à construire son réacteur de démonstration de 50 MW, celui qui doit alimenter le contrat signé avec Google. L’accord pèse jusqu’à environ 90 millions d’euros (100 millions de dollars). Dans ce total, l’investissement en capital représente environ 64 millions d’euros (70 millions de dollars), le reste venant de services d’ingénierie fournis en nature.

Ce n’est pas anodin. Samsung C&T a déjà construit, ou participé à la construction, d’environ une douzaine de réacteurs nucléaires dans le monde. Pour une jeune pousse comme Kairos Power, ce genre de partenaire vaut presque autant que le cash. Clairement, le sujet n’est plus seulement la technologie, mais la capacité à industrialiser.

Hermes devient la première brique du contrat Google

En parallèle, Kairos Power construit déjà deux réacteurs à Oak Ridge, dans le Tennessee. Le premier, Hermes 1, sert de démonstrateur à faible puissance pour affiner le design. Le second, Hermes 2, correspond à la première version à échelle commerciale.

Et c’est important pour Google. La production d’Hermes comptera comme les premiers 50 MW du contrat plus large conclu entre les deux groupes. Kairos Power vise une mise en service d’Hermes 2 en 2030, dans la ligne du calendrier initial promis à Google.

Un design ambitieux, avec peu de marge sur le calendrier

Le feu vert réglementaire est déjà tombé. En novembre 2024, la Nuclear Regulatory Commission a autorisé la construction des réacteurs. Pas de quoi garantir le succès, mais c’est une étape que beaucoup attendent des années.

Sur le plan technique, Hermes 2 sera un réacteur à haute température refroidi aux sels fluorés. L’idée circule depuis longtemps, sans déploiement commercial à grande échelle. L’intérêt est connu, une température d’ébullition élevée permet de garder une pression plus basse, donc de limiter le risque de rupture sous haute pression si un composant lâche. Kairos Power mise aussi sur le combustible TRISO, avec de minuscules grains d’uranium encapsulés dans des couches de céramique et de carbone, ensuite placés dans des sphères de la taille d’une bille de billard. Le but est d’éviter la fusion du cœur.

Pourquoi ce dossier dépasse Kairos

Bon, le vrai moteur derrière tout ça, c’est la demande électrique des data centers IA. Google a signé avec Kairos Power à l’automne 2024 pour obtenir des réacteurs capables de produire environ un demi-gigawatt d’ici 2035.

Il reste environ cinq ans à Kairos Power pour mettre en route sa première centrale. Dans le nucléaire, c’est rapide, mais pas absurde. Le plus dur viendra après, quand il faudra enchaîner les réacteurs suivants encore plus vite. Et c’est précisément là que l’appui de Samsung C&T peut peser lourd.

Christophe Romei

Spécialiste Tech

Expert sur l'industrie du mobile depuis 2005

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