Google enterre AlphaFold et pousse encore plus fort sur Gemini IA

Bureaux DeepMind avec écrans Gemini
Image d'illustration. Google DeepMind change ses priorités en IA. — ADN

Le projet AlphaFold n’a plus d’équipe dédiée chez Google DeepMind. Départs, redéploiements vers Gemini, virage clair pour les priorités du groupe.

En bref

  • Google DeepMind a dissous l’équipe AlphaFold
  • Des chercheurs partent, d’autres rejoignent Gemini
  • Le virage stratégique de Google se confirme

Ce n’est pas un petit ajustement d’organigramme. Chez Google, la page AlphaFold se tourne au moment même où Gemini aspire toujours plus de talents, de budget et de priorité politique.

Un signal net sur les priorités de Google

D’après le Financial Times, l’équipe primée qui portait AlphaFold au sein de Google DeepMind n’existe plus. La plupart des membres clés, y compris des auteurs initiaux des articles scientifiques, ont été redéployés. Quelques autres ont déjà quitté l’entreprise.

Le mouvement ne part pas dans tous les sens. Google DeepMind a confirmé avoir transféré une partie de ces profils vers des projets centrés sur Gemini. D’autres anciens membres ont été envoyés chez Isomorphic Labs, société de découverte de médicaments issue de DeepMind et rattachée à Alphabet.

Le fond du sujet est là. Pushmeet Kohli, vice-président de la recherche chez Google DeepMind, a expliqué que la stratégie suivie depuis neuf ans consistait à viser de grands défis avec un objectif concret pour chaque projet, avant d’ajouter, en substance, que cette stratégie avait évolué. Sa formule exacte est limpide, « Notre stratégie au cours des neuf dernières années a été de nous concentrer sur de grands défis… un objectif concret sur lequel chaque projet est focalisé. La stratégie a évolué. »

Pourquoi AlphaFold comptait bien au-delà de la recherche

L’arrêt de cette équipe frappe parce que AlphaFold n’était pas un labo annexe. Le programme savait prédire en quelques minutes la structure 3D des protéines à partir de leur séquence d’acides aminés, là où il fallait parfois des années avec des méthodes classiques.

Et ce n’est pas théorique. L’outil sert déjà à accélérer la découverte de médicaments, à aider le développement de vaccins et à mieux comprendre les changements structurels liés à des maladies neurodégénératives comme Alzheimer ou Parkinson.

Un héritage scientifique déjà immense, mais une équipe dispersée

Le projet avait démarré en 2018 chez DeepMind. En 2020, il avait été reconnu comme une réponse au protein folding problem, une énigme scientifique vieille de cinquante ans. Sur un demi-siècle, les chercheurs avaient identifié environ 170 000 structures de protéines avec des techniques comme les rayons X ou la résonance magnétique nucléaire. AlphaFold a été entraîné à partir de ces travaux.

En 2021, Nature a publié la méthode d’AlphaFold ainsi que les prédictions couvrant l’ensemble du protéome humain. Puis DeepMind a ouvert une base de données donnant gratuitement accès à plus de 200 millions de prédictions de structures protéiques.

Le paradoxe est presque rude. En 2024, Demis Hassabis et John Jumper ont reçu le prix Nobel de chimie pour ces travaux. Et quelques mois plus tard, John Jumper annonçait son départ vers Anthropic, suivi par plusieurs collègues. Bref, Google garde l’héritage scientifique, mais réalloue désormais l’énergie là où il voit son prochain levier de croissance, Gemini.

Christophe Romei

Spécialiste Tech

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