Publié le 2 avril 2021.
Par La Rédaction
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Focus sur l’éco-conception des Applications mobiles

Publié le 2 avril 2021.
Par La Rédaction

Tribune de Vincent Frattaroli, Co-fondateur & CEO chez Inside App. Il aborde le sujet de l'éco-conception du software dans nos smartphones. Au second semestre 2020, le consommateur moyen avait 110 applications installées, une augmentation par rapport à 87 applications.

Vous l’aurez probablement remarqué, l’écosystème digital s’est emparé depuis quelque temps du sujet “numérique écologique”. Cette conscience écologique dans nos métiers a quitté la sphère des spécialistes-initiés-responsables-de-datacenter et s’étend désormais aux métiers du marketing, du design, du produit et l’IT, aussi bien front que back. Même si le numérique vert (ou encore sobriété numérique) reste globalement assez peu développé chez l’écrasante majorité des acteurs, il n’est plus balayé d’un revers de main. La question n’est donc pas si le numérique doit devenir davantage “vert”, mais quand cela va vraiment devenir une priorité et quelle stratégie adopter.

Rappel des constats

Il y a beaucoup de littérature sur le poids croissant du numérique dans les impacts environnementaux (voir notamment l’étude Green IT de juin 2020). Rappelons juste quelques éléments de contexte :

  • 4 types d’impacts environnementaux doivent être considérés : la consommation en énergie primaire, en eau, en ressources naturelles (notamment métaux rares) et les émissions de gaz à effet de serre.
  • La fabrication des terminaux et équipements représente la majorité des impacts environnementaux.
  • Le numérique consomme beaucoup d’électricité : 7 % de la consommation mondiale.
  • La consommation numérique (intensité des usages, volume de données échangées et stockées) est en croissance constante depuis 20 ans.
  • Les éco-gestes numériques sont très peu répandus au sein du grand public.

Au global, le numérique est responsable de 4 % des émissions de GES dans le monde, soit 4 fois plus que la France.

Certes le numérique permet également d’économiser et d’optimiser des déplacements, de dématérialiser des échanges, de télétravailler etc. Il faudrait donc en toute rigueur prendre en compte dans le bilan environnemental du numérique ce qu’il coûte et ce qu’il fait économiser, la balance serait ainsi meilleure, peut être même positive. Certes, les études sont certainement discutables, variables et tellement complexes que certainement fausses. Mais une chose est certaine : nous (professionnels et consommateurs) pouvons faire beaucoup mieux et réduire notre empreinte numérique écologique sans pour autant “retourner à l’âge de pierre.

Quelques convictions sur la sobriété numérique

Depuis deux ans, je me suis renseigné sur le sujet et essaie de le mettre en pratique dans mon quotidien. Loin d’être un expert du sujet, je vous livre les conclusions d’un néophyte.

1/ Voir le numérique écologique comme une série d’opportunités …

2/ Se mettre au travail, même avec une ambition très modeste

La sobriété numérique sera dans quelques années une exigence des consommateurs, comme c’est le cas aujourd’hui pour d’autres produits et services. Comme souvent, cette révolution surprendra par sa rapidité et son ampleur. Les dirigeants de start-up et leaders digitaux des grandes entreprises doivent donc dès à présent intégrer cette dimension dans leur stratégie et dans le quotidien des équipes.

Quels leviers pour les entreprises ?

Les entreprises disposent de plusieurs leviers d’actions pour améliorer leur empreinte environnementale sur le numérique, aussi bien en interne que vis-à-vis de leurs consommateurs.

Focus sur l’éco-conception des Applications

L’éco-conception consiste à concevoir et développer son service de manière à utiliser le moins de ressources possible sur toute la chaîne (serveurs, réseau, terminal). Il est possible d’agir à 3 niveaux.

Agir sur les aspects techniques

Il s’agit de développer le service en optimisant :

  • Le volume de données et nombre de requêtes transitant entre l’utilisateur et le serveur
  • Le volume de données stockées sur les serveurs
  • L’utilisation de la CPU et mémoire des terminaux et équipement

Non seulement ces optimisations permettent de réduire l’empreinte environnementale, mais elles sont aussi un gage de performance technique et donc de fluidité et qualité de service pour l’utilisateur. Les leviers techniques sont nombreux  :

  • Les nombres et types de traitements sur les serveurs (nombre de requêtes, taille et compression des fichiers, caching, choix des technologies les moins “verbeuses”…),
  • La quantité de données transmises sur le réseau (concaténation des requêtes, caching réseau, compression des données…).
  • La consommation de données sur le terminal (choix des framework Front pour optimiser le traitement des données, l’affichage etc).

Il faut le reconnaître, l’augmentation des débits des réseaux fixes et mobiles et de la puissance de calcul des terminaux a rendu les développeurs trop souvent paresseux sur ces aspects. La gestion des ressources et de la bande passante qui était une réelle préoccupation au début du web s’est un peu évaporée au cours du temps. La contrainte des roadmap a trop souvent pris le pas sur ces optimisations techniques. Il va ainsi falloir rééduquer les équipes techniques à être plus économes.

Agir sur le design et les contenus

Une interface sobre, avec peu d’animations graphiques et d’images, sans recours à la lecture automatique de vidéo est naturellement plus économe en énergie qu’une interface riche. Sans bien sûr renoncer à la désirabilité et aux contenus riches, il faut repenser le design des services et les contenus pour davantage de sobriété. L’approche mobile first, plus sobre que le Web “traditionnel”, qui s’est largement étendue au Web desktop est à ce titre bénéfique pour l’environnement.

Réduire la pression marketing

Les emailing marketing (souvent non lus) génèrent du trafic et du stockage inutiles. Réduire cette pression marketing serait, c’est évident, plus impactant pour l’éditeur. Renoncer à des fonctionnalités pour limiter l’utilisation du service à ce qui est nécessaire. De même, les mises à jour des Apps sont très consommatrices de données. En publiant une nouvelle version sur les stores toutes les semaines ou tous les 15 jours, vous incitez les utilisateurs à télécharger des données alors qu’ils n’utiliseront peut-être pas votre app pendant les semaines à venir. Baisser le rythme de publication permet aussi de diminuer son empreinte carbone numérique.

Comment démarrer

Il est important pour les entreprises d’initier une démarche digitale éco-responsable que nous recommandons en 3 étapes :

Le bilan carbone digital est une démarche importante.

Même sommaire (en comptant les volumes de données générées par les services, les requêtes, la taille des applications ou un mélange de ces critères), même faux, ce bilan vous donnera un référentiel et permettra de travailler sur des objectifs de réductions année après année. Un objectif de 20 % à 30 % de baisse (à volumétrie d’usages constante) peut être atteint la première année en agissant sur les leviers techniques. Les baisses seront un peu moins fortes les années suivantes, sauf à agir sur les leviers marketing / contenus.

Dans tous les cas, il faut se lancer, inculquer ce réflexe dans vos métiers, ce changement de culture va être aussi fort que l’introduction des méthodes “UX centric” dans la conception des projets. Il y aura certainement avant 2025 une réelle conscience écologique digitale chez les consommateurs : il faut démarrer maintenant pour avoir un vrai résultat et discours quand le marché sera mature.

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