Les forfaits eSIM vendus par des banques et plateformes grignotent le roaming. Derrière l’économie pour le voyageur, c’est la relation client qui bascule.
En bref
- L’eSIM déplace la vente de connectivité
- Le roaming reste rentable pour les opérateurs
- Banques et apps avancent vite
Perdre quelques gigaoctets vendus à l’étranger, ce n’est pas le vrai sujet. Le sujet, c’est de voir la relation client mobile passer de l’opérateur à l’application que vous ouvrez déjà tous les jours, au moment précis où vous franchissez une frontière.
Le voyage devient un point de rupture commercial
Pendant longtemps, partir à l’étranger voulait dire une chose, activer le roaming de son opérateur. L’eSIM casse ce réflexe. Vous gardez votre ligne principale pour les appels et les SMS, et vous basculez la data sur un forfait acheté pour quelques jours ou quelques semaines. Pas de carte SIM à changer, et surtout plus d’acceptation quasi automatique des tarifs de roaming.
Résultat ? La connectivité sort peu à peu du périmètre habituel des télécoms. Et ça change pas mal de choses.
Des chiffres qui commencent à peser
Les volumes montent vite. D’après des données relayées par le Financial Times, le nombre d’utilisateurs d’eSIM de voyage atteindrait 134 millions en 2026, contre 101,8 millions en 2025, soit une progression d’environ 32 %.
Le marché suit la même pente. Il est estimé à 649 millions de livres en 2025 et pourrait dépasser 3,2 milliards en 2030. Bref, on n’est plus dans le gadget pour éviter une mauvaise surprise de facture pendant les vacances.
Banques et plateformes prennent la main
Le plus intéressant, clairement, c’est l’identité des vendeurs. Revolut propose déjà depuis son application des forfaits eSIM utilisables dans plus de 100 pays et territoires, avec des offres à partir de 1,50 euro.
En France, Qonto va plus loin. Ses 600 000 clients, PME et indépendants, peuvent acheter et piloter une eSIM directement dans l’app, avec des couvertures mondiales, régionales ou locales pour les déplacements pro.
Derrière, il y a des plateformes comme Gigs. Leur boulot, c’est de fournir l’infrastructure logicielle qui permet à une banque, une fintech ou une plateforme numérique d’intégrer des services mobiles sans reconstruire toute la chaîne télécom. Gigs travaille notamment avec Qonto, Klarna, Nubank et Revolut, et avance une empreinte de distribution potentielle de plus de 850 millions d’utilisateurs via ses clients.
Les opérateurs gardent les réseaux, pas forcément le client
Pour les opérateurs historiques, le roaming représente encore environ 3 à 5 % du chiffre d’affaires, avec des marges confortables. Mais la vraie alerte est ailleurs. Une fintech a déjà l’identité du client, son moyen de paiement, son app installée, souvent un usage quotidien. Vendre quelques gigaoctets de plus lui coûte donc très peu.
Le voyageur, lui, n’a plus besoin de comparer les pass roaming, de chercher un opérateur local ni d’installer une app dédiée. Un bouton suffit.
Et c’est là que le paysage bouge. Les opérateurs continueront de porter une grande partie des réseaux physiques. Mais ils risquent de devenir l’infrastructure invisible d’un service commercialisé par d’autres. Après les MVNO, l’eSIM ouvre une nouvelle étape, celle d’une connectivité intégrée à n’importe quelle plateforme numérique. Aujourd’hui, la bataille se joue sur la data en voyage. Demain, elle peut toucher l’abonnement mobile principal.