Des frigos piratés en Europe, et la cybersécurité touche l’assiette

Puce attaquant un frigo de supermarché
Image d'illustration. Des cyberattaques frappent la chaîne du froid. — ADN

Une nouvelle vague d’attaques a visé des réfrigérateurs de supermarchés en Europe. Derrière les pertes alimentaires, un vieux problème de sécurité refait surface.

En bref

  • Des supermarchés européens ont perdu des stocks alimentaires.
  • Des frigos connectés auraient été manipulés à distance.
  • Le matériel visé n’était plus mis à jour.

Le plus frappant, ce ne sont pas les serveurs ni les tableaux de bord. Ce sont les produits jetés. Dans des magasins de Belgique, d’Irlande, du Luxembourg et de Suède, une nouvelle vague de cyberattaques aurait fait grimper la température de réfrigérateurs de supermarchés, avec à la clé des pertes alimentaires lourdes.

Quand un réglage à distance finit à la benne

Pendant la nuit, Ahold Delhaize et Colruyt ont confirmé les attaques. D’après Reuters, une entreprise belge qui exploite les systèmes de Delhaize explique que les attaquants ont modifié les paramètres pour basculer les équipements en mode dégivrage.

Résultat ? Des denrées décongelées, d’autres jugées impropres à la consommation, et des magasins contraints de jeter des stocks. On parle ici d’un incident très concret, pas d’un simple bug isolé. Quand un objet connecté tombe, c’est parfois toute une chaîne magasin qui suit.

Le même signal faible, un mois plus tard

Cette série n’arrive pas de nulle part. Le mois dernier, des attaques semblables avaient déjà touché la France, avec des centaines de supermarchés affectés après une hausse volontaire de la température des unités frigorifiques.

Les chercheurs en sécurité cités dans ce dossier pointent des réfrigérateurs connectés fabriqués par Danfoss, société danoise qui ne fournissait plus de mises à jour de sécurité. Et Claroty avait déjà averti en août que ces équipements présentaient un risque de piratage à distance et de panne. Clairement, le sujet n’a rien d’anecdotique. C’est un angle mort classique de l’IoT industriel, avec des équipements déployés longtemps, puis oubliés côté correctifs.

Pourquoi ce dossier dépasse le simple incident magasin

Ce qui se joue ici, c’est la fragilité de la chaîne d’approvisionnement alimentaire quand la cybersécurité passe après le reste. Une hausse de température sur un frigo, sur le terrain, ça devient vite des ruptures, des déchets et des coûts.

Le précédent cité pour mesurer l’onde de choc remonte à 2025, quand une cyberattaque contre le distributeur alimentaire UNFI a provoqué des pénuries et des rayons vides dans des épiceries et supermarchés aux États-Unis. Bon, ce n’est pas le même scénario technique, mais l’effet réel, lui, se ressemble.

Une enquête qui regarde aussi le volet géopolitique

L’affaire prend enfin une autre dimension. Des responsables du département de la Défense des États-Unis examineraient aussi la possibilité que des unités frigorifiques sur des bases militaires aient été visées par des hackers soutenus par l’Iran.

Les mêmes acteurs iraniens ont également été mis en cause cette année dans des attaques contre des fournisseurs d’eau américains. Et c’est là que le dossier devient important pour tout l’écosystème mobile et connecté. Un objet connecté mal maintenu ne menace pas seulement un rayon surgelé, il peut devenir une porte d’entrée vers des infrastructures bien plus sensibles.

Christophe Romei

Spécialiste Tech

Expert sur l'industrie du mobile depuis 2005

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