Le conseil de surveillance de Meta juge ses règles trop favorables aux personnalités publiques face aux deepfakes sexuels. Un cas précis a fait basculer le dossier.
- Meta est jugé trop lent sur les deepfakes sexuels
- Les anonymes peinent à prouver l’absence de consentement
- Le conseil réclame règles et formulaires revus
Chez Meta, le problème n’est pas seulement le deepfake sexuel. C’est aussi la façon de le signaler quand la personne visée n’est plus là, ou ne veut plus s’exposer. Et c’est précisément ce que le conseil de surveillance de Meta vient de pointer.
Le vrai angle mort, c’est la preuve du non-consentement
Dans sa lecture des règles maison, le conseil estime que Meta protège mieux les figures publiques que les utilisateurs ordinaires. Pourquoi ? Parce que, dans les faits, la manière la plus crédible d’établir l’absence de consentement pour une personne non connue reste l’auto-signalement. Or si la victime a fermé son compte, n’ose pas remonter le cas ou n’a tout simplement pas vu le contenu, le système se grippe.
Meta a expliqué qu’au moment du premier signalement, rien ne lui permettait d’affirmer que la personne représentée dans la vidéo générée par IA existait réellement. L’entreprise considère aussi comme indicateurs recevables des remontées venues des forces de l’ordre, des médias ou de partenaires de confiance, ainsi que certains titres ou légendes suggérant une diffusion vengeresse ou sensationnaliste. Le conseil juge cette logique trop étroite pour le grand public.
Un cas Instagram a forcé le conseil à intervenir
L’affaire part d’une vidéo publiée sur Instagram, montrant une femme ajustant sa robe, avec des sous-vêtements visibles sur quelques images. Selon le dossier, il s’agissait d’une usurpation générée par IA, signalée par une amie de la personne imitée. Cette dernière avait déjà fermé son compte.
Deux utilisateurs ont signalé le post. Rien. L’un d’eux a ensuite fait appel auprès de Meta, sans obtenir la suppression. Ce n’est qu’après la saisine du conseil que l’entreprise a restreint la publication aux adultes, tout en estimant qu’elle ne justifiait pas un retrait au regard de ses standards. Le conseil a finalement annulé cette décision et exigé la suppression du contenu.
Les demandes du conseil changeraient le parcours de signalement
Le conseil veut d’abord que les imitations sexuelles créées par IA entrent explicitement dans la politique de Meta sur l’exploitation sexuelle adulte, avec l’idée qu’elles sont non consenties par défaut.
Il demande aussi la création de comptes liés, des proches de confiance par exemple, capables de signaler pour le compte d’une victime potentielle. Et il pousse pour une catégorie dédiée dans les formulaires de signalement et d’appel, séparée du harcèlement et de la nudité. Aujourd’hui, seul un formulaire spécialisé accessible au Texas et en Floride mentionne explicitement les images intimes deepfake. Le conseil veut l’étendre à tous les utilisateurs de Meta.
Pourquoi ce dossier dépasse largement un seul post
Le conseil relie ce cas à une tendance plus large, l’explosion de contenus sexuels non consentis produits par des outils d’IA plus rapides, plus massifs et plus sophistiqués. Avec, selon lui, des dégâts réputationnels et psychologiques réels, qui touchent davantage les femmes et les filles et peuvent décourager leur participation à la vie sociale ou politique.
Bon, il faut aussi regarder le rapport de force. Meta doit répondre à ces recommandations, mais n’est pas obligé de les appliquer. Si l’entreprise suit, le conseil surveillera la mise en œuvre. Et ce n’est pas un épisode isolé. En mars, le même conseil demandait déjà une règle spécifique pour les contenus IA, distincte de la désinformation, après une vidéo mensongère sur des bâtiments abîmés à Haïfa, diffusée par un compte se présentant comme média mais géré depuis les Philippines. Puis, mi-2025, il jugeait l’application des règles de Meta incohérente et injustifiable. Clairement, le sujet n’est plus marginal.