Publié le 7 avril 2020, modifié le 7 avril 2020.
Par La Rédaction

Coronavirus : Quand un développeur agile rencontre le gouvernement Français

Publié le 7 avril 2020, modifié le 7 avril 2020.
Par La Rédaction

L'agilité n'est pas une solution miracle. Personne ne devrait sous-estimer les défis que les gouvernements devrons relever pour adopter des méthodes de travail agiles.

Les politiciens sont souvent déçus du temps qu’il faut pour mettre en œuvre les politiques et de la mesure dans laquelle le résultat final peut différer de ce qu’eux-mêmes ou leurs parties prenantes attendent. Pendant ce temps, les citoyens qui veulent des services de qualité sont souvent déçus par des solutions numériques de second ordre et la complexe qui ne tient pas compte de leurs expériences d’utilisateur. L’écart se creusant entre les attentes et les résultats, les gouvernements doivent transformer fondamentalement leur fonctionnement. La clé pour y parvenir pourrait être les pratiques collectivement appelées agiles.

Utiliser des méthodes agiles avec des équipes multidisciplinaires travail en sprints rapides et itératifs sera déterminant pour les services des gouvernements. Dans le cas ci-dessous, c’est un jeune seul de (29ans) la génération Y, développeur avec un smartphone dans la poche qui va aller au plus simple, et cela rapidement pour réaliser un premier prototype 🙂 (L’histoire ci-dessous) puis le Lab innovation du ministère de l’Intérieur s’est appuyé sur le code source créé, Bravo !

Depuis hier, donc  un formulaire est disponible en ligne sur le site du ministère de l’Intérieur qui permet de renseigner les informations relatives à l’identité, l’adresse, le motif de la sortie, ainsi que la date et l’heure accessible sur tout type de terminal mobile (smartphone ou tablette) au travers d’un navigateur relativement récent.

C’est un fichier PDF comprenant l’ensemble des informations et à l’image de la version papier est alors généré. Ce document comporte automatiquement un QR Code comprenant l’ensemble des données du formulaire, ainsi que la date et l’heure de génération du document.Ce fichier doit être présenté sous forme numérique lors d’un contrôle grâce à un smartphone ou à une tablette numérique.

Ce service n’est pas un traitement de données personnelles. C’est une traduction fidèle du dispositif déclaratif au format papier : aucune donnée saisie n’est transmise aux serveurs du Gouvernement. Les données saisies servent uniquement à générer localement, sur l’appareil de l’usager, l’attestation sous forme numérique. Ce service a été conçu pour être facilement utilisable par les personnes en situation de handicap, en appliquant les règles définies par le référentiel RGAA (Référentiel général d’accessibilité pour les administrations).

Quel est votre background en tant que développeur ?

Je travaille chez Batch, on est une entreprise spécialisée dans l’envoi de notifications push. Avant ça j’ai travaillé pour d’autres entreprises : dans les réseaux sociaux, la prestation de services, et j’ai aussi fait un peu de freelance.

Comment avez-vous eu l’idée du formulaire ?

J’ai eu l’idée du formulaire dès le début du confinement, j’avais alors créé un outil qui permettait de remplir plus facilement le PDF pour ceux qui n’ont pas d’imprimante, les attestations numériques étaient alors autorisées. Mais le lendemain le gouvernement a interdit ce moyen face à la prolifération des générateurs…

L’usage web était-il une évidence pour vous ?

L’usage web et surtout le fait de faire la génération sur le navigateur (au lieu d’un serveur) était justifié pour plusieurs raisons :

– La simplicité de mise en place pour moi, pas de serveur à créer, j’ai profité de Github Pages pour mettre mon outil en ligne.
– Beaucoup de gens peuvent lire du HTML et du JS, et je voulais un maximum de transparence, car je manipule des données sensibles.
– Et puis je connais déjà bien ce langage, je voulais pouvoir faire au plus vite.

Combien de temps avez-vous mis pour le développer et pourquoi le QR code ?

J’ai dû prendre environ 1h30 pour réaliser mon premier prototype. Mais pour la première release il a bien dû me falloir 4h en tout. Concernant le QR code, je ne suis pas responsable de ce choix. Si vous consultez mon projet d’origine, vous verrez que je propose de dessiner une signature. Le QR code est un choix du gouvernement que je pense pouvoir expliquer en 2 raisons :

1/ dessiner une signature n’est pas facilement faisable sur un ordinateur (contrairement au téléphone)
2/ le QR code permet aux forces de l’ordre de facilement consulter l’attestation

Pouvez-vous nous parler de vos choix pour la privacy ?

Concernant la privacy, j’ai choisi de réaliser la génération du PDF directement sur l’appareil afin que le processus soit complètement transparent, ainsi on ne pouvait pas me reprocher d’envoyer des données sensibles vers un serveur dont les utilisateurs auraient pu se méfier, et le stockage du profil (retiré par le gouvernement) est réalisé sur le téléphone. J’ai aussi publié mon code en open source et rassuré mes utilisateurs du mieux que je le pouvais :

La reprise par le gouvernement de votre code c’est passé comment ?

Concernant la reprise par le gouvernement, j’ai été contacté par Philippe Bron, Responsable Lab Innovation au ministère de l’Intérieur, qui me disait qu’ils allaient réutiliser mon code (qui est open source) pour un générateur officiel. J’ai eu l’occasion de pouvoir suivre le développement du projet pendant cette semaine.

Johann Pardanaud a reçu énormément de retours d’utilisateurs qui étaient ravis, et c’est extrêmement gratifiant pour lui.

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