Congélateurs piratés, l’alerte US sur une menace très concrète

Carte des États-Unis prise dans un congélateur
Image d'illustration. Washington alerte sur le froid connecté. — ADN

Les États-Unis signalent une menace cyber active contre les systèmes de froid connectés. Distribution, santé, transport et défense sont visés.

En bref

  • Les autorités US signalent une menace cyber active
  • La chaîne du froid connectée devient une cible critique
  • Les consignes visent surtout l’exposition à internet

Un congélateur qu’on pirate, ça paraît presque anecdotique. Jusqu’au moment où la température grimpe, que les stocks partent à la poubelle, qu’un système entre en cycle continu de chauffage et de dégivrage, et que le risque devient physique, pas seulement numérique.

Quand un piratage fait monter la température

CISA, le FBI et plusieurs départements fédéraux américains parlent d’une menace cyber toujours en cours visant les systèmes de réfrigération industrielle et les outils de surveillance de la chaîne du froid connectés à internet. Sont concernés les supermarchés, les installations de stockage réfrigéré et, plus largement, des pans entiers d’infrastructures critiques.

Les autorités citent l’alimentation, l’agriculture, le transport ou encore l’expédition de produits médicaux. Si l’attaque réussit, les assaillants peuvent modifier la température, raccourcir la durée de vie des équipements, provoquer des pertes de stock et même créer des risques d’incendie. Clairement, on n’est plus dans le simple rançongiciel de bureau.

Des attaques déjà vues en Europe, jusqu’aux poches de sang

Le point qui frappe, c’est que ce scénario a déjà eu lieu. Ces dernières semaines, deux vagues distinctes d’attaques ont visé des unités de froid industriel au Royaume-Uni et ailleurs en Europe, dans au moins une douzaine de pays. Les pirates ont réussi à augmenter la température de congélateurs et d’unités de refroidissement, avec à la clé des aliments décongelés et des produits détruits.

Parmi les systèmes touchés figuraient des équipements télécommandés de Danfoss, une entreprise danoise qui ne fournissait plus de mises à jour de sécurité pour certains appareils de ses clients. En France, une banque du sang a aussi été ciblée. La température de ses unités réfrigérées contenant des dons de sang a commencé à monter, mais l’attaque a été stoppée avant d’endommager les réserves.

Et ce n’est pas tout. D’après Reuters, le département américain de la Défense enquête sur une série d’attaques contre des congélateurs exploités par l’armée américaine.

Pourquoi l’alerte pèse sur tout l’écosystème

Les États-Unis n’ont pas attribué officiellement ces attaques à un groupe précis ni à un État. Des chercheurs en sécurité pointent toutefois largement vers l’Iran, et des responsables américains le soupçonnent aussi.

La réponse des agences est très opérationnelle. Elles demandent de retirer d’internet les systèmes de contrôle à distance, de renforcer et changer les mots de passe, d’appliquer les correctifs quand ils existent, et de remplacer les équipements qui ne sont plus maintenus par leur fournisseur. C’est le vrai sujet pour l’écosystème mobile et IoT, l’exposition réseau de matériels installés pour durer, souvent oubliés une fois déployés.

Chris Butera, responsable cybersécurité par intérim de CISA, résume assez bien l’enjeu. « Chaque organisation qui dépend de systèmes de réfrigération et de surveillance devrait partir du principe qu’elle peut être une cible. » Pas de quoi paniquer. Mais pour les acteurs du froid connecté, il y a urgence à regarder l’inventaire réel, pas la brochure.

Christophe Romei

Spécialiste Tech

Expert sur l'industrie du mobile depuis 2005

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