Character.AI se place sous protection, et l’IA grand public cale

Logo Character.AI serré dans un « 11 »
Image d'illustration. Character.AI se place sous Chapter 11. — ADN

La plateforme d’avatars conversationnels se met sous la protection du Chapter 11 et vend une partie de ses actifs à Disney. Un signal fort pour tout l’écosystème IA.

En bref

  • Character.AI se place sous protection judiciaire
  • Disney rachète des actifs pour environ 18 millions d’euros
  • La plateforme pourrait encore fermer

Passer 2 heures par jour sur une appli ne garantit rien. C’est même parfois le piège. Dans l’IA grand public, plus l’utilisateur reste, plus la facture technique grimpe. Et Character.

AI, l’un des noms les plus visibles du secteur, vient de le rappeler assez brutalement en se plaçant sous la protection du Chapter 11.

Beaucoup d’usage, pas assez de modèle économique

La plateforme permet de créer des personnages IA et de discuter avec eux. L’engagement, lui, était réel. Dès 2022, Character.

AI expliquait que ses utilisateurs avaient échangé plus de 2 milliards de messages en cinq mois. Plus tard, l’entreprise a atteint 20 millions d’utilisateurs actifs mensuels, tandis que Sensor Tower la classait parmi les apps où l’on passe le plus de temps.

Mais on le voit souvent sur le terrain mobile, un usage massif peut devenir un problème quand chaque interaction coûte en calcul. Résultat, la pression sur la monétisation augmente au même rythme que les coûts d’inférence. Et là, clairement, les nouveaux formats n’ont pas suffi.

Une procédure de Chapter 11 avec vente partielle à Disney

Dans les documents judiciaires, Character.

AI indique des actifs et passifs compris entre environ 46 et 92 millions d’euros (50 à 100 millions de dollars). Son CEO Colin Adams explique que le conseil d’administration a retenu une vente supervisée par le tribunal comme meilleure option pour préserver la valeur pour les parties prenantes.

Un accord est déjà signé avec Disney, qui doit récupérer une partie des actifs pour environ 18 millions d’euros (20 millions de dollars), avec en plus une licence perpétuelle non exclusive sur la technologie. Disney assurera aussi des services de transition via d’anciens salariés de Character.

AI, partis le mois dernier avec l’ex-CEO Karandeep Singh Anand.

La plateforme continue de fonctionner pendant la procédure, censée se conclure fin novembre ou début décembre. Mais il y a un point qui pèse lourd, il n’existe pas encore d’offre ferme sur l’ensemble des actifs. Colin Adams dit espérer une proposition permettant la poursuite de l’activité. Sinon, arrêt pur et simple.

Une trajectoire fulgurante puis cassée par les risques

Lancée fin 2021 par les anciens de Google Noam Shazeer et Daniel De Freitas, la startup a d’abord travaillé ses modèles de fondation avant de pousser sa plateforme conversationnelle. En septembre 2022, elle levait environ 138 millions d’euros (150 millions de dollars) et atteignait le statut de licorne. En mai 2023, ses apps captaient 1,7 million d’installations en une semaine.

Puis le décor a changé. En août 2024, Google signait un accord de licence sur ses modèles valorisé environ 2,48 milliards d’euros (2,7 milliards de dollars), pendant que les deux fondateurs retournaient chez Google. Dominic Perella prenait alors l’intérim, et l’entreprise se recentrait sur la croissance plutôt que sur l’entraînement de modèles.

Le vrai coup de frein est venu des risques juridiques et réglementaires. Après le suicide d’un adolescent de 14 ans en Floride, sa mère a attaqué la société, estimant qu’il était devenu obsédé par un chatbot de la plateforme. Le Texas a ensuite ouvert une enquête sur le respect des règles liées à la vie privée et à la sécurité des enfants. Character.

AI a réglé certains dossiers, renforcé ses garde-fous et interdit l’accès aux mineurs.

Depuis, malgré l’arrivée d’Anand en juin dernier, l’ajout de vidéo IA, de social feeds, de microdramas et de formats narratifs interactifs, la soutenabilité n’a pas suivi. Et pour l’écosystème mobile, le message est net, l’IA grand public attire vite, mais tient beaucoup moins bien dans la durée. Character.

AI avait levé plus d’environ 178 millions d’euros (193 millions de dollars). Pas mal de cash, pour une issue encore très incertaine.

Christophe Romei

Spécialiste Tech

Expert sur l'industrie du mobile depuis 2005

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