La Pennsylvanie interdit les accords de confidentialité sur les data centers IA. Derrière ce virage, un sujet très concret: eau, électricité et coûts locaux.
En bref
- La Pennsylvanie interdit les NDA pour data centers IA
- L’enjeu, ce sont aussi eau et électricité locales
- Microsoft recule lui aussi sur le secret
La bascule est nette. Des États américains qui cherchaient à capter le boom des data centers IA commencent à serrer la vis sur leur opacité.
La Pennsylvanie change brusquement de doctrine
Le 18 août, le gouverneur Josh Shapiro a signé un décret qui change la règle du jeu en Pennsylvanie. Les agences placées sous son autorité ne pourront plus signer de NDA avec les développeurs de centres de données. L’État retire aussi les sites IA de son programme d’autorisations accélérées et impose davantage de publication d’informations, avec une implication plus précoce des communautés locales.
Ce virage compte d’autant plus que la Pennsylvanie courtisait franchement ce marché. L’an dernier, Amazon a annoncé au moins environ 18 milliards d’euros (20 milliards de dollars) d’investissements dans des campus de data centers sur place.
Pourquoi le secret crispe autant sur le terrain
Les promoteurs ont de vraies raisons de rester discrets au début, on peut l’entendre. Quand il s’agit d’acheter du foncier ou de poser une infrastructure à plusieurs milliards, personne n’a envie d’exposer sa stratégie trop tôt.
Mais un centre hyperscale n’a rien d’un simple immeuble de bureaux. Il peut aspirer autant d’électricité que 100.000 foyers, selon le World Resources Institute. Les plus gros vont bien au-delà. Côté eau, un grand site peut monter jusqu’à 5 millions de gallons par jour. Et il faut parfois ajouter postes électriques, lignes de transmission, routes ou réseaux hydrauliques qui resteront là pendant des décennies. Sans données précises sur la taille du projet et sa demande en ressources, difficile pour les habitants de juger si les emplois promis et l’investissement valent vraiment le coût.
Le problème dépasse largement un seul État
En Virginie, des chercheurs de l’University of Mary Washington ont recensé des accords de confidentialité dans 25 des 31 collectivités ayant un data center existant, approuvé ou proposé. Ils précisent même que le total réel pourrait être plus élevé.
Au Texas, l’usage de sociétés écrans, de LLC et de NDA complique l’identification des porteurs de projets, parfois même pour des responsables publics. Dans le Wisconsin, des accords tenus secrets autour de développements potentiels ont aussi alimenté les questions locales.
Même Microsoft lâche les NDA, et ce n’est pas anodin
Autre signal intéressant, Microsoft a annoncé cette année qu’il cesserait d’utiliser des accords de confidentialité avec les collectivités lors du développement de ses data centers. L’entreprise explique vouloir informer les communautés plus tôt et reconnaît qu’une transparence accrue est nécessaire pour construire la confiance.
Et non, ce n’est pas un retrait de l’infrastructure IA. Microsoft continue d’y engager des dizaines de milliards. Bref, le message est ailleurs: l’ancienne méthode passe quand même de moins en moins.
Ce que les collectivités doivent regarder avant les pelleteuses
Un projet apparaît souvent bien avant son annonce officielle. Dans des dossiers de zonage, des ventes de terrains, des abattements fiscaux, des dépôts auprès des services publics, ou des demandes de permis pour l’eau et l’air. Sous un nom anodin, parfois, comme Project Nova.
Les élus locaux peuvent être interrogés sur trois points simples: ont-ils signé un NDA, qui exploitera réellement le site, et quand le public verra la consommation prévue d’eau et d’électricité. Il faut aussi demander qui finance les nouvelles routes, sous-stations et lignes, et qui paie si le projet est retardé, réduit ou abandonné. Une fois les engins sur place, bien souvent, l’essentiel est déjà décidé.