Sur le plus grand réseau électrique américain, les très grands data centers pourront être coupés dès 2027 en cas de tension. Un signal fort pour tout l'écosystème.
En bref
- PJM pourra couper certains data centers dès 2027
- Seuls les sites de 50 MW ou plus sont visés
- Le diesel pourrait redevenir la roue de secours
Les prix de gros de l’électricité ont presque doublé en un an sur le réseau de PJM Interconnection. Et pour le superviseur indépendant du marché, une bonne part de cette tension vient des data centers. Voilà pourquoi ce dossier dépasse largement la simple gestion d’incidents: c’est un test grandeur nature de la capacité des infrastructures électriques à suivre la vague IA et cloud.
Des prix qui montent, un réseau qui encaisse mal
Sur le territoire de PJM, qui s’étend de la Virginie à l’Illinois et couvre 67 millions de clients, la montée en charge des gros usages électriques devient très concrète. L’opérateur est déjà critiqué pour sa gestion des nouvelles capacités de production et pour l’arrivée de très gros consommateurs, data centers en tête.
La tendance n’a rien d’anecdotique. D’ici 2035, ces sites devraient consommer quatre fois plus d’électricité qu’aujourd’hui. Et comme un appel d’offres destiné à ajouter de nouvelles capacités n’a pas atteint son objectif, PJM a choisi une réponse assez directe: en période de pénurie, certains très gros clients seront temporairement coupés pour éviter un blackout.
PJM prépare des coupures ciblées à partir de 2027
La mesure n’entrera pas en vigueur avant juin 2027. Elle ne concernera pas tous les exploitants, seulement les data centers et autres gros consommateurs de 50 mégawatts ou plus. En parallèle, PJM lance un nouvel appel d’offres pour renforcer la production.
Ce mécanisme ressemble aux programmes classiques de demand response utilisés depuis des décennies avec de grands industriels. Les clients concernés seront indemnisés. Côté préavis, on parle d’un délai qui peut aller d’environ 30 minutes à quelques jours selon l’état anticipé de la demande. Pas idéal pour un site critique, mais pas non plus une coupure sauvage.
L’effet collatéral, plus d’autonomie locale et plus de diesel
Le point intéressant, c’est la suite. Cette décision va probablement pousser pas mal de nouveaux data centers, et peut-être des sites déjà en service, à installer leur propre production sur place. Ceux qui ne le feront pas risquent de s’appuyer davantage sur leurs groupes électrogènes de secours, plus coûteux à exploiter et souvent plus polluants.
Beaucoup privilégient le diesel, facile à stocker sur site et disponible partout. Les règles fédérales autorisent l’usage de ces générateurs jusqu’à 50 heures par an pour les événements de demand response, et jusqu’à 100 heures pour des situations comme les urgences ou la maintenance.
Le sujet est d’autant plus sensible que Vantage Data Centers a été visé cette semaine après une coordination apparente avec des régulateurs environnementaux de Virginie pour contester un rapport. Celui-ci estimait que des générateurs diesel de secours pourraient contribuer à des dommages sanitaires annuels de des dizaines de millions d’euros autour d’un data center de 96 MW en Virginie du Nord. Clairement, le débat n’est plus seulement énergétique. Il est aussi industriel, réglementaire et sanitaire.