La startup nucléaire Antares sécurise environ 404 millions d’euros pour ses petits réacteurs destinés aux bases américaines. Un signal fort pour tout l’écosystème énergétique.
En bref
- Antares lève environ 404 millions d’euros
- La startup vise les bases militaires américaines
- Le financement confirme l’élan du nucléaire avancé
Le mouvement est net. Le capital revient vers la fission, et Antares en donne une version très concrète avec une Série C de 470 millions de dollars, soit environ 404 millions d’euros, annoncée lundi. Dans le détail, on trouve environ 318 millions d’euros de fonds propres (370 millions de dollars) et 86 millions d’euros de dette (100 millions de dollars).
Le signal d’un marché qui repart franchement
Cette levée n’arrive pas seule. Elle s’inscrit dans une séquence où les investisseurs remettent des tickets massifs sur le nucléaire avancé, tirés par deux moteurs très clairs, la poussée des data centers liés à l’IA et la hausse générale des besoins électriques avec l’électrification de l’économie. Le tour a été mené par Paradigm et Caffeinated Capital, avec Industrious Ventures, Point72 Ventures et Shine Capital.
Pour l’écosystème mobile et numérique, le message est simple. Quand la demande énergétique explose, les paris sur l’infrastructure changent d’échelle.
Un petit réacteur, déjà passé par une étape clé
Antares développe un SMR capable de produire entre 100 kilowatts et 1 mégawatt, soit, sur le papier, assez pour alimenter jusqu’à 750 foyers. Son approche repose sur le combustible TRISO, de petites sphères d’uranium protégées par des couches de carbone et de céramique, conçues pour mieux résister aux fortes températures. Elles peuvent être refroidies par des gaz comme l’hélium ou par des sels fondus.
Le jalon à retenir, c’est le Mark-0. Le réacteur de démonstration a atteint la criticité le 4 juin au Idaho National Laboratory. Résultat, on n’est plus dans la seule promesse PowerPoint.
Pourquoi l’armée américaine est la vraie porte d’entrée
Là, le choix est habile. Antares fait partie des trois finalistes du programme Advanced Nuclear Power for Installations du Pentagone, qui doit tester des SMR sur des bases de l’Air Force dans le Colorado et le Montana. La startup vise une première mise en service électrique dès l’an prochain, puis des déploiements sur des installations militaires américaines en 2028.
Pourquoi c’est important ? Parce que ce type de client peut absorber une techno encore jeune, avec des contraintes de coût moins brutales que sur le marché civil.
L’argent afflue, mais l’équation économique reste dure
Le secteur attire pas mal de monde. En avril, X-energy a levé 1 milliard de dollars, soit environ 860 millions d’euros, via une IPO. Depuis décembre, Radiant Energy, Last Energy et Standard Nuclear ont aussi bouclé des tours à neuf chiffres. De son côté, Antares avait déjà levé 96 millions de dollars, soit environ 83 millions d’euros, en Série B en décembre. Son total atteint désormais 604 millions de dollars, soit environ 519 millions d’euros.
Mais il y a un caillou dans la chaussure. La chaîne d’approvisionnement américaine reste immature, et l’industrialisation de masse, censée faire baisser les coûts, prend généralement au moins une décennie. Lazard estime le coût des nouveaux SMR à 214 dollars par mégawattheure, soit environ 184 euros. À ce niveau, les premiers SMR ne seront pas compétitifs face à la plupart des nouvelles centrales. Antares n’a pas donné ses prix. Du coup, viser l’armée américaine ressemble moins à un détour qu’à une logique industrielle très froide.