Le spécialiste des humanoïdes industriels veut lever environ 570 millions d’euros via un SPAC. Une étape clé pour le secteur, avec un cap très usine.
En bref
- Agility Robotics veut entrer en Bourse via un SPAC
- Environ 570 millions d’euros visés pour accélérer la production
- Pas de robot domestique avant plus de dix ans
Le point clé, ici, dépasse le seul cas de Agility Robotics. Si l’opération va au bout, le groupe deviendrait le premier acteur 100 % robotique humanoïde coté en Bourse, avec une exposition enfin ouverte au grand public et pas seulement aux fonds de capital-risque.
Une porte d’entrée boursière inédite sur les humanoïdes
L’entreprise de Salem, née en 2015 d’un spin-off de Oregon State University, prévoit de fusionner avec Churchill Capital Corp XI, le SPAC de Michael Klein. L’ensemble valorise Agility Robotics autour de 2,3 milliards d’euros (2,5 milliards de dollars) et doit rapporter plus de 570 millions d’euros (620 millions de dollars) bruts. Ce n’est pas bouclé, il faut encore le feu vert des actionnaires et de la SEC, avec une finalisation attendue plus tard cette année.
Pour Peggy Johnson, passée par Microsoft puis Magic Leap, le choix du SPAC tient aussi au timing. Elle résume l’opération comme « une histoire d’accélération et de timing ». L’argent doit surtout servir à faire monter en cadence l’usine de 70 000 pieds carrés de Salem et à livrer un carnet de commandes déjà là.
Pourquoi Agility joue la carte de l’usine, pas du fantasme domestique
Pas de promesse de majordome à la maison. Et c’est presque rafraîchissant.
Digit, le robot vedette, est pensé pour les entrepôts et les usines. Peggy Johnson estime qu’un humanoïde chez vous, capable d’évoluer dans le bazar réel d’un logement avec enfants, chiens, visiteurs et objets posés n’importe où, reste à plus de dix ans. Dans une allée logistique, les flux sont déjà durs à gérer, mais ils sont au moins structurés. À la maison, non.
Cette focalisation colle aussi au marché du travail. L’entreprise vise des postes physiques difficiles à pourvoir, avec plus d’un million d’emplois non pourvus aux États-Unis dans ces environnements selon sa dirigeante.
Digit, sécurité, données, la vraie bataille est dans l’exécution
Sur le terrain, Digit va à l’essentiel. Environ 1,75 mètre, 73 kilos, des genoux inversés façon pattes d’oiseau pour attraper du sol jusqu’aux étagères hautes sans taper le rack, et des mains à deux pouces et deux doigts optimisées pour saisir des bacs plastiques lourds. Du concret, clairement.
Côté IA, Agility Robotics se dit agnostique aux LLM et s’appuie notamment sur Claude et Gemini pour la couche sémantique, celle qui traduit un ordre général en action robotique. Mais son avantage revendiqué est ailleurs, dans la mécanique, l’équilibre, la manipulation, et surtout la sécurité certifiée en conditions industrielles. Peggy Johnson insiste, on ne rend pas un robot sûr après coup, il faut l’avoir conçu ainsi dès le départ.
Un secteur euphorique, une dirigeante qui reste prudente
Le contraste avec le reste du marché est net. Figure AI a parlé d’une levée de 920 millions d’euros (1 milliard de dollars), Apptronik a réuni environ 860 millions d’euros (935 millions de dollars), et AI2 Robotics autour de 676 millions d’euros (735 millions de dollars). Dans cette ambiance, Agility Robotics garde un ton mesuré, sans guidance financière et sans détailler le coût de revient de Digit.
Mais il y a quand même de la matière. L’entreprise évoque plus de 276 millions d’euros (300 millions de dollars) de revenus pluriannuels déjà réservés, pour environ 1 000 robots en mode robots-as-a-service. Parmi les clients cités, Amazon, GXO Logistics, Mercado Libre, Schaeffler et Toyota Motor Manufacturing Canada. Résultat, l’enjeu n’est plus seulement de séduire. C’est livrer, robot après robot.