Agility lève environ 430 millions d’euros via un SPAC et devient le premier pure player coté des robots humanoïdes. Mais le vrai test commence maintenant.
En bref
- Agility entre en Bourse via un SPAC
- Digit travaille déjà chez neuf clients
- Digit 5 doit maintenant prouver sa rentabilité
Dans la course aux humanoïdes, on voit pas mal de robots danser. Agility, lui, arrive en Bourse avec un argument plus terre à terre, ses machines déplacent déjà des charges en entrepôt. C’est ce décalage qui compte.
Un humanoïde coté, mais pas sur une promesse vide
Agility va devenir la première entreprise purement centrée sur les robots humanoïdes cotée en Bourse, grâce à une fusion inversée avec un SPAC. L’opération doit apporter environ 430 millions d’euros (465 millions de dollars) de capitaux nouveaux, entre investisseurs particuliers et financement privé.
Pour l’écosystème, le signal est net. Le marché commence à distinguer les projets qui alignent des démonstrations et ceux qui montrent un début d’exécution industrielle. Peggy Johnson, la dirigeante d’Agility, défend d’ailleurs une ligne assez simple, viser les tâches manuelles, répétitives, pénibles, celles que les sites peinent à pourvoir.
Digit avance moins vite en apparence, mais il soulève déjà des bacs
Créée en 2015 à partir d’Oregon State University, Agility n’est pas née avec la vague récente de l’IA physique. La société s’est d’abord construite sur la locomotion bipède, puis sur un usage précis, la logistique.
Son robot Digit est déjà déployé chez neuf clients, dont GXO, Schaeffler, Mercado Libre et Toyota Motor Manufacturing Canada. Sur un site de GXO, il a manipulé plus de 100000 bacs lourds. Clairement, ce n’est pas le robot le plus spectaculaire à regarder face à Tesla, Figure AI, 1X ou Boston Dynamics. Mais il bosse, et ça change tout.
Le chiffre d’affaires reste minuscule, Digit 5 porte donc toute l’histoire
Le revers, il est brutal. Sur les six premiers mois de 2026, Agility n’a généré qu’environ 160000 euros (174000 dollars) de revenus, en grande partie avec des parties liées, tout en perdant près de 333 millions d’euros (362 millions de dollars).
Résultat ? Digit 5 devient la pièce maîtresse. Agility dit avoir en vue environ 276 millions d’euros (300 millions de dollars) de contrats planifiés auprès de 30 clients. Son intérêt, c’est qu’il doit pouvoir évoluer au contact des humains, et plus seulement dans une cellule isolée. Les prototypes seront montrés au CES 2027, avec une disponibilité large promise pour fin 2027.
La vraie bataille se joue sur la donnée physique et la fiabilité
Pour signer, Digit 5 devra atteindre des objectifs internes sur le throughput, le temps de fonctionnement et la précision de pose. Le modèle économique annoncé est agressif, un robot pourrait faire économiser environ 92000 euros par an (100000 dollars) en robot-as-a-service, davantage à l’achat.
Mais il y a encore du terrain à couvrir. Un proof of concept sur site coûte environ 460000 euros (500000 dollars), et quatre clients l’avaient engagé en mai 2026. Le robot sait manipuler des charges lourdes, jusqu’à environ 23 kg, avec 98 % de précision sur la pose. En revanche, la manipulation complexe reste hors de portée, comme chez beaucoup d’acteurs du secteur.
Et c’est là que la donnée devient stratégique. Peggy Johnson explique qu’il n’existe pas d’Internet des mouvements robotiques, d’où le recours à la simulation, à la téléopération et à d’autres techniques. Agility ajoute un actif rare, 65000 heures de données opérationnelles réelles collectées chez des clients. Si cette base accélère vraiment l’apprentissage, alors sa future capacité industrielle, jusqu’à 10000 robots par an selon l’entreprise, peut devenir autre chose qu’un beau slide.