Ant International, Visa et Mastercard unissent leurs protocoles autour d’un cadre KYA pour sécuriser et accélérer le commerce agentique.
En bref
- Les agents IA passent du conseil à l’achat
- KYA vise une identité reconnue entre réseaux
- Singapour sert de laboratoire de gouvernance
Entre 2 600 et 4 300 milliards d’euros environ (3 000 à 5 000 milliards de dollars), c’est le volume de dépenses de consommation que des agents IA pourraient orchestrer d’ici 2030, d’après McKinsey. À ce niveau, le sujet n’est plus le gadget. C’est la plomberie de la confiance.
Le vrai sujet, rendre les agents IA acceptables à grande échelle
Jusqu’ici, les agents servaient surtout à recommander, comparer, suggérer. Là, on passe un cran au-dessus. Ils peuvent acheter pour vous. Et dans les paiements, ce glissement change tout, parce qu’il faut savoir qui agit, au nom de qui, avec quel niveau d’autorisation et sous quel contrôle.
C’est dans ce contexte que Ant International, Visa et Mastercard annoncent un travail commun autour d’un cadre d’interopérabilité Know-Your-Agent, ou KYA. L’idée est simple sur le papier, beaucoup moins à exécuter. Permettre aux réseaux cartes, aux wallets, aux plateformes d’agents et aux marketplaces d’identifier plus facilement un agent d’un écosystème à l’autre, sans casser les procédures internes de chaque acteur.
Trois protocoles maison, un objectif commun d’interopérabilité
Les trois groupes n’arrivent pas les mains vides. Visa a déjà son Trusted Agent Protocol, Mastercard pousse Verifiable Intent, et Ant International travaille avec Agentic Mobile Protocol.
Leur pari, maintenant, consiste à faire converger ces approches vers des principes communs. Pas un standard unique imposé d’en haut, plutôt une base partagée pour que les agents circulent entre réseaux avec des signaux de confiance reconnus. C’est plus réaliste, et clairement plus utile pour l’écosystème mobile et paiement.
Le KYA veut réduire la friction sans lâcher sur le risque
Pour les prestataires de services, les plateformes d’agents ou les marketplaces, l’intérêt est immédiat. Moins de complexité d’intégration, moins de procédures répétées pour vérifier l’identité des agents, et une mise sur le marché plus rapide des services agentiques.
Le cadre repose sur trois blocs. D’abord, chaque agent doit être rattaché à un opérateur déjà validé, qu’il s’agisse d’un titulaire de carte, d’une entreprise ou d’une organisation. Ensuite, l’agent est évalué selon des exigences communes de sécurité et de comportement. Enfin, ses transactions font l’objet d’un suivi continu, avec des signaux liés à l’identité et à l’activité, afin d’alimenter dans la durée les décisions de certification et d’évaluation du risque.
Singapour comme terrain de travail pour une gouvernance commune
Le chantier ne s’arrête pas à l’interopérabilité technique. Les trois acteurs vont aussi collaborer via BuildFin.ai, une plateforme sectorielle lancée par l’Autorité monétaire de Singapour, avec le cadre SAFR pour faire avancer la vérification des agents, la responsabilité et la gestion des risques.
Rubail Birwadker, chez Visa, résume bien le moment en expliquant que « à mesure que les agents IA s’intègrent dans les parcours de découverte et d’achat des consommateurs, la confiance doit progresser au même rythme ». Même logique chez Pablo Fourez, de Mastercard, qui insiste sur la reconnaissance d’un agent de confiance, le respect de l’intention utilisateur et la responsabilité sur toute la transaction. Et pour Jiang-Ming Yang, chez Ant International, la confiance ne pourra plus reposer sur la seule identité, mais aussi sur les capacités, le comportement, l’exécution et les signaux de risque de l’agent. Bon, en gros, le commerce agentique cherche déjà ses règles avant son vrai passage à l’échelle.