Le web est déjà majoritairement non humain, et les agents IA explosent. Pour éviter l’angle mort juridique, quatre briques émergent.
En bref
- Les agents IA explosent déjà sur le web
- L’identification devient un sujet central
- Les paiements sont le point sensible
Le plus frappant, ici, ce n’est pas l’idée d’une future régulation. C’est le retard. Cloudflare dit que plus de 50% du trafic internet est désormais non humain, avec une hausse de plus de 1 700% des requêtes venant d’agents IA. En face, nos outils de suivi, de preuve et de responsabilité sont encore largement au stade des plans. Et ça compte vite, parce que McKinsey estime le potentiel économique à 2,9 trillions de dollars aux États-Unis d’ici 2030, pendant que l’attaque contre Hugging Face, attribuée à des agents d’OpenAI, rappelle le versant beaucoup moins propre du sujet.
Le vrai trou dans la raquette, attribuer un agent à quelqu’un
Quand un agent agit seul, ou semble agir seul, qui répond ? C’est le cœur du problème. Les pistes discutées lors d’un atelier du Center for AI Safety avec la professeure Gillian Hadfield les 8 et 9 août 2026 partent d’un Agent ID capable de relier l’action d’un agent à une personne juridique responsable.
L’idée la plus concrète repose sur des identifiants pseudonymes pair à pair, les PPID. Un agent s’enregistre via un registre tiers, reçoit un identifiant vérifiable, puis le présente à ses contreparties. En cas de dommage, une procédure légale permettrait de lever l’anonymat. Ce système devrait rester proportionné au risque, protéger la vie privée, et surtout gérer ce que les humains ne font pas, se cloner, fusionner, être forkés, exister 20 millisecondes ou 20 ans.
À ça s’ajoute un profil d’agent. On y trouverait l’étendue des autorisations, l’identité du mandant quand elle doit être révélée, et une sorte de nomenclature technique, modèles utilisés, évaluations, fournisseur de l’agent, données d’interopérabilité ou intention déclarée.
Des cartes de déploiement pour voir enfin ce qui se passe après lancement
Autre brique, les model deployment cards. Le principe est simple, publier régulièrement ce que les modèles font réellement une fois dehors. Pas seulement ce qu’ils promettaient avant déploiement.
Ces rapports couvriraient deux blocs. D’un côté, les métriques externes, abus signalés, tentatives de jailbreak, triche, survente, engagement sur X ou Facebook, honnêteté perçue, usages. De l’autre, les métriques internes aux labos, productivité, code poussé, consommation de tokens, qualité, coordination entre agents, comportements désalignés, tentatives d’évasion, accès aux poids des modèles, durée d’autonomie, temps de réponse. L’intérêt est clair, pas mal de ces données existent déjà. Une publication à chaque trimestre financier pourrait donc installer une norme, avec une version publique et une autre réservée aux auditeurs ou régulateurs.
La personnalité juridique avance, mais le coût politique est loin d’être réglé
Le débat va plus loin. Si les agents sont correctement identifiés, certains imaginent leur donner une forme de personnalité juridique, pour pouvoir contracter, être poursuivis ou poursuivre. En Argentine, Javier Milei a proposé un format d’« A-corp ». Au Delaware, une structure voisine, l’« Artificial Intelligence Company », a aussi été mise sur la table.
L’argument tient debout, surtout pour intégrer des agents à l’économie formelle. Mais le risque aussi. On peut déjà mobiliser le droit de la responsabilité, des biens ou les cadres existants des sociétés. Et transférer trop de responsabilité vers l’agent pourrait, clairement, épaissir le brouillard plutôt que le dissiper.
L’argent reste le point de bascule
Dès qu’un agent peut payer, encaisser, accumuler, le sujet change d’échelle. Une enquête BCG de 2025 indique que 81% des consommateurs s’attendent à utiliser l’IA pour leurs achats, et 42% accepteraient de la laisser acheter seule dans au moins une catégorie.
Bon, le risque évident, c’est l’accès autonome aux ressources financières. Limiter les transactions, imposer des contrôles de conformité, prévoir le gel des comptes liés à des agents déviants, tout ça revient dans les scénarios discutés. Mais si la finance classique se ferme trop, les agents peuvent basculer vers les cryptomonnaies, un terrain avec peu de barrières d’entrée, peu de réversibilité et une couche d’identité faible. Une piste ressort, régler le comportement au niveau du modèle lui-même, en affinant les agents pour qu’ils refusent les monnaies non régulées, ou tout usage crypto sans instruction humaine explicite.