Ne soyez pas étonné : le FBI achète bel et bien vos données de localisation

Image d'illustration. Flux de données en métropole américaineDes flux de données émanent d'un smartphone, créant une lueur éthérée sur les rues d'une métropole américaine.
L’achat de données de localisation par le FBI suscite l’attention : l’agence américaine se procure ces informations auprès d’intermédiaires, sans mandat, exploitant ainsi un marché lucratif où nos déplacements numériques deviennent accessibles aux autorités.
Tl;dr
- Des agences américaines achètent des données de localisation citoyennes.
- Ces informations proviennent d’adtech et de courtiers en données.
- Le vide juridique du « Fourth Amendment » alimente l’inquiétude.
Une dérive discrète des données personnelles aux États-Unis
En marge des débats publics, les agences fédérales américaines exploitent un vide juridique pour acquérir, sans mandat, des données de localisation sur leurs propres citoyens. Un procédé qui échappe au « Fourth Amendment », fondement constitutionnel protégeant contre les fouilles abusives, et qui inquiète autant les défenseurs des libertés individuelles que certains juristes.
L’écosystème opaque des adtechs et courtiers en données
La mécanique reste méconnue du grand public : dès qu’un smartphone se connecte à internet, il diffuse une série d’informations — adresse IP, type d’appareil ou encore coordonnées GPS, collectées par les plateformes publicitaires. Baptisé Bidstream, ce flux alimente le processus de Real Time Bidding (RTB), où chaque page web consultée devient le théâtre d’une enchère éclair autour de l’attention de l’utilisateur. Les adtechs n’hésitent pas à enrichir ces profils avec des cookies tiers ou des informations nominatives, parfois issues d’inscriptions en ligne. Et cette manne intéresse non seulement les publicitaires, mais aussi un réseau florissant de courtiers en données capables d’assembler une image très précise de chaque individu.
Parmi les pratiques révélées ces dernières années : la société française Vectaury, inspectée en 2018 par la CNIL, avait constitué sans consentement une base contenant les informations personnelles de 67,6 millions d’utilisateurs.
L’accès facilité des autorités et ses dérives
De plus en plus d’agences fédérales telles que le Department of Homeland Security, la Customs and Border Protection, le Secret Service, ou encore l’IRS, achètent directement ces ensembles de données auprès de courtiers. En janvier dernier, la plateforme 404Media révélait que l’ICE s’était dotée des outils Tangles et Webloc développés par Penlink. Capables d’identifier puis suivre anonymement des milliers de smartphones dans un secteur donné au fil d’une journée, ces technologies n’exigent aucun mandat judiciaire. Il est même avéré que certains groupes militants anti-avortement s’en sont servis pour cibler les visiteurs des cliniques Planned Parenthood.
Un encadrement légal inexistant… et inquiétant
Fait rare : plusieurs juristes dénoncent ouvertement ce « contournement du mandat », selon l’expression employée dans la Yale Law and Policy Review. Si le projet de loi « Fourth Amendment is Not For Sale Act » porté par l’EFF cherche à y mettre fin, peu croient aujourd’hui à sa prochaine adoption. Entre-temps, cet écosystème demeure largement incontrôlé ; alors que nous redoutons parfois la surveillance étatique, c’est peut-être tout autant le secteur privé qu’il faudrait craindre désormais.